DDA AZAYKU,

Le poète authentique,

Le penseur libre.

 

Hha Oudadess (Rabat)

 

Nous connaissions Dda Lmulud. Voici Dda Azayku. Merci à ceux qui ont été les premiers (peut être Amazigh World) à adjoindre, l'article amazigh de respect, Dda à son nom.

Mais comment parler d'un géant (M. Boudehan, in Tawiza n° 90, Octobre 2004) et qui, plus est, est un ami ? Dda Âeli, Nous n'avons pas eu l'occasion depuis une dizaine d'années de nous voir souvent. Chacun ses conditions. Nous ne parlions pas, non plus, souvent au téléphone. Je tenais à ta compagnie mais je n'étais pas au courant de la gravité de ton état de santé. Et, une fois, tu me dis, sans détour, que tu ne pouvais pas (Ur Zdârex, hât ur zdârex). Ainsi, autant que tu as pu, comme Abehri, tu as caché les contraintes de état physique. Mais oublions ces aspects que tu as veillé à mettre de côté et dont tu ne voulais pas, du tout, embarrassé tes amis et connaissances. Parlons de souvenirs plutôt agréables et/ou instructifs.

Lors de nos discussions sérieuses ou de nos soirées, à bâtons rompus, tu as toujours été d'un calme olympien ; le calme des grands. Je ne sais pas où tu puisais ta sérénité, en plus de ta modestie. A titre d'exemple, tu ne tenais pas à – et ne proposais jamais de – lire tes poèmes. Quand tu acceptais de le faire, sur notre demande, ce n'était pas pour te mettre en valeur ni même - ce qui est naturel- pour en étaler la beauté. Tu les déclamais en insistant sur les mots et expressions essentiels ; mais, à petite voix, car ce qui compte, pour toi, c'est le message que tu veux faire passer. Et l'on voyait briller, dans ton regard, le sourire et la satisfaction de celui qui a pu, quelque peu, atteindre certains esprits et certaines âmes.

Oui, je le dis, tes poèmes sont, en plus d'être beaux, si profonds que chacun d'entre eux mérite une étude à lui seul. Tu as dû les tirer, un à un, de tes entrailles, de tes fibres, de tes cellules. Ils sont taillés dans le roc. Je ne les ai, malheureusement, pas tous lus de ton vivant. J'aurais profité de tes éclaircissements. Mais j'ai commencé à me rattraper. J'ai déjà lu, plusieurs fois, le recueil « Izmulen » et me mettrai bientôt à « Timitar ».

Et si on parlait un peu –tu m'entends- de l'Histoire ; de l'Histoire du Maroc ; de notre Histoire. Hê oui, sans être spécialiste, je viens de lire « Histoire du Maroc ou les interprétations possibles » (Centre Tarik Ibn Ziad, 2002), et même la partie en arabe. Là aussi, j'ai beaucoup perdu ; si j'avais lu de ton vivant, tu m'aurais généreusement aidé à assimiler. Mon impression est que tu as accompli l'œuvre d'un Freud. Ceux qui veulent comprendre doivent lire le maître et non les commentateurs. On dit que les grandes idées sont les plus simples. Ce n'est pas, du tout, être simpliste. Les bonnes idées, il faut aller les chercher loin. Dans quel sens ? A ce propos, je ne fais que rapporter ce qu'un professeur, Québécois de Lycée, à la retraite, m'avait dit au Canada : « Un être naît en tant qu'humain. Puis on l'achale, on l'achale. Et on finit par en faire un bon chrétien ou un bon communiste, etc. .

C'est qu'il y'en a plein qui croient raisonner ; alors, qu' en fait, ils résonnent. Ils sont imbibés d'idées, de dogmes et d'idéologies qu'ils ne font que régurgiter ; et ils croient raisonner et se prennent au sérieux. Pire, ils s'autoproclament au dessus des gens. Des esclaves, en fait !

Ta force réside dans ta liberté. On parle beaucoup de la liberté de pensée. Mais ce qui est plus important –et c'est le niveau que tu as atteins- c'est la pensée libre. Tu as cassé des tabous. Et tu dû payé par la prison et par ta santé. Tu as été marginalisé et aussi ignoré. La traversée du désert a été longue. Et tu n'as fait, avant de nous quitter, qu'entrevoir, au loin, la première oasis. Il me plait de croire que ce n'était pas un autre mirage de plus.

Que ce soit dans tes poèmes ou dans tes articles sur l'Histoire, on retrouve la fraîcheur de la montagne. Tu es un Aboudrar. L'air pur, l'eau claire des sources, l'azur du ciel, la portée lointaine du regard, etc. ; c'est d'abord le contact direct qui, dans sa nudité, précède toute théorisation autrement hasardeuse. Et cela est resté, chez toi , une constante dans tous les aspects –historique, poétique ou autres- de ton œuvre. Ighrêm N Igran N Tawineght, les Atlas, toutes nos montagnes et le Maroc tout entier peuvent s'énorgueuillir d'avoir engendré un enfant béni qui, en restant authentique, ne les a jamais oubliés.

Dda Azayku, tu as posé des plants et semé des graines avec soin, humilité et profonde conviction. La terre n'est pas, de nature, ingrate. Tu pourras, bientôt, admirer, de là-haut, la verdure rassurante des champs et la fraîcheur bienfaisante de l'ombre des forêts.

 

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