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La diva,Yamna Nâaziz Tafarssit

 Yamna Nâaziz Tafarsit : 1930 – 03 janvier 2006

Ecrit par : HAMZAOUI Abdelmalek

   L’art de «Tamawayt », singulier de «Timawayine», est un dérivé de la poésie amazigh du Moyen- Atlas. Ce chant qui s’explique le plus simplement du monde par «Izli Oumyawaye», que les chercheurs francophones ont qualifié de « le chant du marcheur».
La diva, incontestable de ce type de poésie, fût la célèbre : Yamna Nâaziz Tafarssit, issue de la tribu des Zayan et qui naquit en 1930, dans le douar «Ait Hmad Ouboulmane», fraction des Ait Lahcen, sis au commandement administratif de la commune rurale de «Sidi Lamine», caïdat de «Kaf Nsour», province de, Khenifra. Elle était la fille de M.Aâziz ben Moha Ouhamou Ifrsten et de Mme Fadma Noudahbi.

Cette légende que nulle autre femme amazigh n’a pu imiter dans sa voix ni dans sa façon de produire «tamawayt» jusqu’à présent, a aimé cet art depuis son très jeune âge. Il est à noter que l’enfant, Yamna était bergère et qu’elle a évolué au milieu d’un environnement naturel, pittoresque, qualifié de lieu d’inspiration et qui lui a permis : 

  • 1 - d’entrainer ses cordes vocales «ayard» qui lui ont donné une voix mélodieuse. 
  • 2 - d’acquérir un grand souffle, condition principale, dont a besoin la personne qui s’adonne à cet art difficile pour produire une bonne composition «lgha» 
  • 3 - de devenir poétesse chevronnée et spécialiste dans l’improvisation des vers de «tamawayt» qui sont considérés comme des messages, «tabrate»

Le chant du marcheur, est un chant non instrumentalisé et dont l’unique et seul fief est les montagnes et les forêts amazigh du Moyen- Atlas, n’a rien à voir avec le terme arabe de, «lmaya» ou «moual», rencontré fréquemment dans la musique andalouse ou le malhoune. Le seul point commun entre : lmaya et tamawayt, n’est autre que la puissance de la voix et rien d’autre. Il est à rappeler que Tamawayt est toujours chantée en solo comme elle peut être produite sous forme de dialogue entre deux hommes ou généralement entre un homme et une femme.

«Tamawayt» est désormais le seul terme amazigh qui exprime, le chant accompagnateur du marcheur, du voyageur à dos de cheval ou de mule…Jadis nos ancêtres ont constaté que lorsque leurs montures entendaient ce chant, elles marchaient lentement ou s’arrêtaient carrément pour écouter et apprécier «tamawayt»
Lorsque ce chant est récité, il est considéré comme une façon de prouver son existence au milieu d’un espace vide que traverse un voyageur, un fellah qui labour sa terre, un bûcheron ou un berger solitaire. C’est également une invitation au silence pour apprécier le message contenu dans «tamawayt».

Certains spécialistes de cet art utilisent, même de nos jours, l’alloune qu’ils tiennent entre les mains et placent devant leur bouche au moment du chant afin d’obtenir un bon retour de l’écho. D’autres préfèrent mettre leur pouce dans l’une des oreilles pour mieux apprécier, en priorité, leur tamawayt. Jadis, l’écho naturel que faisaient retourner les montagnes quand une personne émettait une Tamawayt, était une sorte de vibration qui pénétrait profondément dans l’âme et la faisait trembler.

Autrefois, les amoureux utilisaient «tamawayt» pour communiquer entre eux et pour dévoiler leurs sentiments sous forme de messages cryptés afin que les autres ne sachent pas de quoi il retourne. Elle était aussi utilisée durant les guerres qui opposaient les tribus : les sentinelles qui ne disposaient pas de téléphones cellulaires à l’époque, produisaient une «tamawayt» pour avertir leur camp du danger qui les menaçait…

«Tamawayt» est appelée aussi «tahrraft» qui peut être composée d’un, deux ou trois vers – ou même plus - rimés. Elle est rencontrée au début d’une prestation (en levée de rideau) d’ : 

  • 1- ahidous durant une cérémonie de mariage, tamghra, ou circoncision, aziyene ou aêddoul 
  • 2- tafrawt, ou fantasia en français
  • 3- izlane, qui se traduit par chansons.


Cet art, qui est une spécificité de la langue amazigh du Maroc Central, traite tous les thèmes tels l’amour, l’exode, la beauté de la nature, le dépaysement, la vieillesse, la jeunesse, la patrie, le patriotisme… voir le deuxième chapitre de ce recueil, volet consacré à l’art de «tamawayt»

Après ce petit résumé sur le chant du marcheur, nous revenons au parcours artistique de notre diva, Yamna Nâaziz, qui a consacré toute sa vie à ce genre de poésie. Elle a débuté comme amatrice mais elle est devenue très vite professionnelle dés l’âge de quinze ans, ainsi que le confirment son fils Moha et son frère M. Afrsi Mohamed Oulahcen ben Aâziz ben Moha Ouhamou, tous deux toujours en vie. En 1945, elle était déjà célèbre dans sa tribu malgré qu’elle fût femme au foyer. Son mari M.Aâmchi Our’hal, après des années passées en couple, ne pouvait plus accepter le statut de son épouse comme femme marié et chargé de l’éducation des enfants qui plus est veut être artiste. La vie devint quasi impossible entre les deux jeunes époux à cause de «tamawayt» dans la mesure où Yamna Tafarssit ne pouvait pas se passer et l’époux qui ne pouvait plus supporter cette situation. Le divorce était la seule solution pour mettre fin à cette union. M. Aâmchi  voulait vivre dans la tranquillité absolue tandis que Yamna, elle, voulait retrouver sa liberté et continuer sa carrière artistique.

Le destin a voulu mettre sur le chemin de Tafarsit plusieurs poètes célèbres tels Hmad Nmina, d’Aguelmous, Oussidane Oukassi, son compatriote et Ichou Hassan, issu de la tribu des Ait Ndir, fraction des Ait Ourtindi, qui a vécu presque toute sa vie à El-Hajeb. Ce poète l’a rencontrée dans le cadre d’une compétition de «tamawayt» au sein des studios de la radio amazigh de l’ex RTM à Rabat. Durant ce duel poétique, Yamna sortit vainqueur en enregistrant quatre Timawayine alors que le vaincu, qui a reconnu sa défaite, était dans l’incapacité de dépasser trois Timawayine.

Cette grande diva qui a à son actif cinq célèbres succès qui sont toujours bien conservés dans les archives de la radio nationale, au département de Tamazight depuis les débuts des années soixante, date de leur enregistrement. Jusqu’à nos jours, elle a eu de multiples occasions de chanter ses vers magiques en levée de rideau de plusieurs chansons qui furent produites par de grands artistes, chefs de groupes, qui l’ont sollicitée pour faire part de leur troupe, à l’instar d’ Ouâassim Hamou Lyazid, Belghazi Benaceur, Abchar Lbachir et Moha Oumouzoune, avec lequel elle a enregistré sa cinquième Tamawayt dans les locaux de la station de la RTM d’ Aïn Chok, à Casablanca.

Tafarssit demeurera éternellement l’unique maitresse de cet art dans le Moyen -Atlas marocain. Par ailleurs, l’histoire de l’art amazigh se souviendra pour toujours de sa voix magique et mélodieuse.

Cette diva qui a tant donné au patrimoine amazigh, n’a rien reçu en échange. Ses derniers jours étaient fatals car elle était atteinte d’une longue maladie incurable et, faute de moyens, besoin nécessaire pour se faire soigner, elle rendit l’âme dans sa misérable demeure au quartier : Lkorsse, à Khenifra, le 03 janvier 2006 pour être enterrée au cimetière d’Ahtab, tout près du souk hebdomadaire.


Auteur: HAMZAOUI Abdelmalek
Date : 2015-02-08


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Commentaire N° : 1
Par: youssef Le : 2015-05-16
Titre: tres bien
Pays: Morocco  

merci de tout mon coeur amazigh si possible nous parler de aferradi qui accompagne souvent ahellal merci  
 
 

 
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