|
Dans
Marrakech
la
capitale,
en
mars
1901,
un
millier
de
kilometres
à
l'ouest
du
champ
des
opérations
mais
moins
d'un
mois
apres
l'affrontement,
circulait
ce
bruit
formidable:
les
Chrétiens
venaient
de
subir
un
désastre
militaire
à
Timimoun
(1).
Amplification
certes,
encore
que
l'Echo
d'Oran
ait
de
son
coté
trouvé
l'affaire
exagérément
chaude
(2):
amplification
a
la
mesure
de
l'émoi
que
suscitait
dans
l'Empire
chérifien
la
pression
française
aux
marches
de
l'Est.
Est-il
moins
factice
d'ignorer,
comme
cela
parait
de
mise
aujourd'hui,
jusqu'aux
fondements
tant
structurels
qu'événementiels
de
la
rumeur
d'alors?
Car
c'est
un
fait:
les
Divisions
d'Oran
et
d'
Alger
du
19e
Corps
d'armée
n'ont
pu
conquérir
le
Touat
et
le
Gourara
qu'au
prix
de
durs
combats
menés
contre
les
semi-nomades
d'obédience
marocaine
qui,
depuis
plus
d'un
siecle,
imposaient
leur
protection
aux
oasiens,
les
berbérophones
Ayt
Khebbach.
Une
vingtaine
de
traités
passés
et
réassurés
entre
1809
et
1896
puis
le
triple
paraphe
du
sang
à
Metarfa,
le
5
septembre
1900
-
grave
revers
pour
“le
vainqueur
d'In
Salah”,
le
capitaine
Pein
-,
à
Timimoun,
le
18
février
suivant,
prês
de
Charouine
enfin,
les
2
et
3
mars...
et
le
temps
devrait
avoir
colmaté
le
filtre
d'une
mémoire
sélective!
Venant
de
publicistes
ou
d'idéologues,
le
parti
pris
s'explique.
Mais
comment
accepter
le
silence
ou
les
cachotteries
de
sociologues,
d'historiens?
Ni
les
“éléments
d'étude
anthropologique”
livrés
sur
le
Gourara
par
une
équipe
interdisciplinaire
du
CRAPE
(Mammeri
et
al.,
1973),
ni
cette
ambitieuse
Lecture
de
l'espace
oasien
pourtant
proclamée
attentive
à
l'influence
du
“pouvoir
tribal
nomade”
comme
aux
effets
de
“la
rupture
coloniale”
(Marouf
1980),
et
pas
davantage
la
derniere
these
en
date
sur
Timimoun
(Boualga
1981)
n
'
ont
un
mot
-
serait-il,
avec
tant
d'autres
emprunts,
repris
de
l'indispensable
A.G.P.
Martin
(
1923)
-
sur
l'
emprise
des
Ayt
Khebbach
et
son
ultime
manifestation.
Un
ouvrage
dont
l'index
signale
treize
développements
relatifs
à
la
question
du
Touat,
l'essai
d'
Abdallah
Laroui
(1977)
sur
les
origines
du
nationalisme
marocain,
ne
s'intéresse
quant
a
lui
qu'aux
avatars
locaux
de
la
délégation
sultanienne:
peu
de
choses,
on
le
sait,
à
l'heure
des
résistances
populaires.
Sous
l'angle
d'approche
d'une
étude
des
frontiêres,
la
somme
minutieuse
de
Trout
(1969)
comme
le
rapide
opuscule
de
Sayagh
(1986)
n'offrent
à
glaner
que
des
bribes;
la
these
de
droit
de
Bouguetaia
(1981)
a
évité
le
sujet.
Au
total,
parmi
les
travaux
modernes,
seule
la
recherche
de
R.
Dwin
(1977)
sur
les
réactions
rurales
a
la
poussée
française
en
direction
de
l'oued
Zousfana
et
du
Touat
évoque
les
intérêts
locaux
des
Ayt
Khebbach
et
leur
prime
résistance.
Cette
étude,
cependant,
considere
comme
il
se
devait
d'autres
situations,
en
particulier
celle,
symétrique,
des
Dwi
Menia
aujourd'hui
algériens.
Le
détail
monographique
n'est
donc
jamais
sien.
D'autre
part,
elle
n'embrasse
qu'une
période
restreinte
:
“1881-1912”
annonce
un
sous-titre
soucieux
de
périodisation
-
en
vérité,
spécialement,
tout
juste
la
décennie
charniêre
entre
ce
siecle
et
le
précédent,
ce
qui
laisse
de
cóté
les
affrontements
ultérieurs
et,
surtout,
la
question
des
transformations
sociales
en
profondeur
.
C'est
cette
évolution,
au
total
négative,
d'abord
selon
moi
parce
que
les
horizons
du
groupe
lui
ont
été
bormés,
que
je
me
propose
ici
d'éclairer
(3).
Avec
son
centre
de
gravité
dans
le
sud
du
Tafilalt,
la
tribu
des
Ayt
Khebbach
constitue
le
flanc
oriental
du
vaste
groupement
berbérophone
des
Ayt
Atta.
C'est
au
sein
de
cet
ensemble
un
élément
d'un
poids
démographique
certain:
en
1936,
année
du
meilleur
recensement
directement
exploitable
en
termes
d'appartenance
tribale
(Noin
1970:
31),
les
Ayt
Khebbach,
au
nombre
d'une
dizaine
de
milliers,
représentaient
le
sixiême
de
l'effectif
global
(4).
Combien
sont-ils
aujourd'hui?
Les
dénombrements
postérieurs
à
l'Indépendance
n'ayant
pas
retenu
le
critêre
“ethnique”,
nul
ne
le
sait
exactement.
Mais
l'approximation
ne
sera
pas
si
hasardeuse.
La
circonscription
de
Taouz,
dont
la
définition
territoriale
n'a
pas
changé
et
qui
n'est
peuplée
que
d'
Ayt
Khebbach,
en
comptait
pres
de
9
000
lors
du
recensement
de
1971
(Population
rurale
1973:
16);
compte
tenu
d'un
taux
d'accroissement
annuel
de
l'ordre
de
2%,
le
cap
des
12
000
habitants
s'y
trouve
désormais
atteint.
Selon
moi,
cela
dépasse
d'un
millier
la
moitié
des
forces.
Ces
données
chiffrées
associent
les
imazighen
Ayt
Khebbach
et
les
populations
d'agriculteurs
noirs
qui,
leur
ayant
été
longtemps
soumises,
restent
aujourd'hui
avec
eux
dans
des
rapports
étroits.
Dans
la
circonscription
d'Erfoud,
dans
celle
de
Rissani,
ces
populations
représentaient
le
tiers
environ
des
gens
recensés
sous
l'étiquette
“Ayt
Khebbach”.
Les
imazighen
distinguent
parmi
ces
Noirs
des
iqblyin
"gens-de-là-qibla",
la
direction
de
La
Mecque,
en
vérité
le
sud
et
les
ismhan
“esclaves,
anciens
esclaves”.
Les
premiers,
de
loin
majoritaires,
sont
considérés
comme
autochtones;
ils
semblent
dans
les
palmeraies
tres
atomisés
mais
forment
au
creur
du
pays
attaoui
la
tribu
des
Imelwan.
Les
seconds,
qu'un
amazigh
dira
plus
retors
et
d'une
pigmentation
plus
foncée,
originaires
du
“Pays
des
Noirs”
(6),
ont
été
jadis
achetés
ou
pris
dans
le
Touat
et
au
Soudan.
A
l'arrivée
des
Français,
la
population
de
Taouz
-l'établissement
cette
fois,
pas
la
circonscription
-
comptait
environ
10%
d'esclaves
(7).
A
peine
l'entame-t-on,
l'examen
de
l'organisation
sociale
des
Ayt
Khebbach
(8)
renvoie
au
débat
toujours
pendant
sur
la
structure
des
groupes
maghrébins.
Si
cette
tribu,
une
fois
de
plus,
semble
exemplifier
les
principes
du
schéma
segmentaire
-
au
prix,
peut-etre
plus
élevé
que
de
coutume,
d'affiliations
conectives
devant
moins
à
la
naissance
qu'a
des
rapports
de
force
-
elle
montre,
aussi,
un
net
clivage
en
deux
ligues
aux
fonctions
incertaines.
Quatre
segments
"de
pure
extraction"
et
divers
groupes
agrégés
dessinent
cette
configuration:
d'un
coté
les
irjdaln
et
leurs
clients,
d'une
part
les
ayt-tgla
détachés
d'une
autre
fraction
des
Ayt
Atta,
d'autre
part
les
ayt-burk
d'origine
maraboutique;
de
l'autre
coté
les
ilhayan,
les
izulayn,
les
ayt-amer
et
les
clients
de
ces
derniers,
soit
un
lignage
séparé
des
ayt
burk,
un
lignage
que
l'on
prétend
issu
d'une
juive,
un
lignage
séparé
d'une
tribu
arabophone
ancrée
plus
à
l'ouest,
les
arib.
Numériquement,
la
balance
est
en
faveur
de
la
premiere
ligue;
mais
la
seconde
concentre,
si
l'on
peut
dire,
plus
de
légitimité,
si
bien
qu'elle
n'abandonnait
qu'un
an
sur
quatre,
en
théorie,
le
léger
avantage
de
fournir
le
principal
de
la
tribu,
successivement
désigné
dans
chacun
des
segments
d'origine.
Point
d'antagonisme
spécialement
rapportable
à
l'existence
des
ligues.
Et
rien
dans
la
distribution
spatiale
de
leurs
éléments
pour
rappeler
le
damier
stratégique
qui
obnubila
Montagne
(1930).
On
doit
se
contenter
d'enregistrer
ces
différences:
la
ligue
conduite
par
les
irjdaln
compte
davantage
de
nomades,
deux
fois
plus
selon
le
recensement
de
1971.
Celle
menée
par
les
ayt-amer
se
montra
la
moins
belliqueuse
face
à
la
pénétration
coloniale;
les
familles
les
plus
fortunées
s'y
retrouvent.
La
légende
du
groupe
à
la-dessus
sa
rationalisation.
Elle
assure
que
l'ancetre
éponyme
des
ayt-amer,
fils
cadet
de
Khbac,
recut
la
bénédiction
du
pere
apres
l'avoir
averti
d'un
mauvais
coup
préparé
contre
lui
par
ses
trois
autres
fils.
“Depuis
ce
temps,
les
ayt-amer
sont
favorisés
du
ciel
et
remplis
de
biens;
les
ilhayan et
les
izulayn,
maudits
par
l'ancetre,
sont
les
pauvres
de
la
tribu;
les
irjdaln
en
sont
les
guerriers...
“
Une
précision
s'impose
à
propos
des
lignages
que
j'ai
dit
clients:
il
ne
s'agit
pas
de
groupes
dépendants,
assujettis
à
des
taches
particulieres
ou
versant
régulierement
tribut,
mais
de
groupes
ayant
sacrifié
à
l'un
ou
l'autre
des
deux
principaux
segments
des
Ayt
Khebbach
pour
se
rattacher
à
l'ensemble.
Sauf
en
ce
qui
concerne
la
désignation
annuelle
du
primus
inter
pares,
qu'ils
ne
pouvaient
ni
fournir
ni
choisir,
et
probablement
à
quelques
autres
nuances
pres,
les
clients
partagent
la
vie
des
descendants
de
l'
ancetre
fondateur.
Au
demeurant,
ces
derniers
ne
vont
pas
tous
sur
le
même
pied:
si
la
généalogie
donne
aux
izulayn
une
capacité
politique
que
les
clients
n'ont
pas,
la
faïblesse
de
ce
pauvre
lignage
l'astreint
à
n'exercer
ses
droits
qu'au
profit
des
ayt-amer
et
à
suivre
leur
sort
(9).
En
vérité,
connus
le
remodelage
constant
des
tribus
marocaines
et
leur
faculté
d'intégrer
l'anogene,
les
clients
apparaissent
comme
des
groupes
en
voie
de
naturalisation.
Quelques
Tadjakant,
apres
leur
dispersion
sous
les
coups
des
Rgibat
à
l'orée
de
ce
siecle,
des
Dwi
Menia,
d'autres
encore
se
sont
de
la
sorte
antérieurement
fondus
au
sein
des
Ayt
Khebbach.
Reste
à
évoquer,
toujours
brievement,
la
mouvance
de
notre
tribu.
Comme
d'autres
nomades
et
semi-nomades,
les
Ayt
Khebbach
avaient
institutionnalisé
avec
leurs
voisins
des
rapports
de
deux
types,
les
uns
plus
ou
moins
fratemels,
c'est-à-dire
symétriques
et
n'impliquant
pas
de
redevance,
les
autres
plus
ou
moins
inégalitaires
puiqu'ils
commandaient
des
versements
en
nature
ou
en
especes.
Le
pacte
de
protection
d'une
communauté
oasienne
ressortit
du
second
type.
Dénommé
taysa
(<
takSa)
(10)
dans
le
Sud-Est,
il
était
soit
sollicité
par
les
sédentaires
à
l'occasion
de
leurs
querelles
intestines,
soit
imposé
par
une
fraction
ou
une
tribu
nomade...
au
détriment
des
autres.
Dans
tous
les
cas,
c'était
pour
les
forts
une
source
importante
de
produits
agricoles,
de
revenus
monétaires,
parfois
de
biens-fonds.
C'est
ainsi,
par
exemple,
que
les
Ayt
Khebbach
ont
pu
s'installer
pres
de
Bou
Denib.
Le
pacte
de
tada,
appariement
entre
lignages
ou
familles
de
tribus
différentes,
fut
surtout
pratiqué
avec
les
Dwi
Menia.
Jouxtant
les
Ayt
Khebbach
à
l'est,
ces
semi-nomades
arabophones
avaient
sensiblement
les
mêmes
intérêts
qu'eux
sans
pour
autant
compter
parmi
leurs
ennemis
ou
leurs
alliés
déclarés.
Sauf
au
Tafilalt
ou,
simultanément
protecteurs
et
propriétaires,
Ayt
Khebbach
et
Dwi
Menia
faisaient
partie
d'une
même
faction
constamment
mobilisée
dans
les
dernieres
années
du
XIXe
siecle
(11)l.
Partout
ailleurs,
sur
fond
d'incenitude,
il
s'agissait
de
préserver
la
possibilité
des
déplacements
pastoraux
et
commerciaux,
et,
en
cas
d'accrocs
limités,
de
favoriser
les
réparations
amiables.
Précisément,
la
tada
établit
entre
ceux
qu'elle
lie,
devraient-ils
s'opposer
à
leurs
contribules,
une
impérative
obligation
d'assitance
et
la
prohibition
de
toute
velléité
de
nuire.
L
'état
de
guerre,
cependant,
annulait
ces
obligations
(12).
Les
Ayt
Khebbach
ont
souvenir
d'avoir
eu...
trois
morts
contre
les
Dwi
Menia:
vers
1891,
au
Mayder
majeur,
bassin
d'épandage
de
crues
qui
les
vit
plus
souvent
cultiver
de
concert.
En
1895,
mandés
par
le
Sultan,
de
tels
belligérants
pouvaient
bien
chatier
ensemble
des
fauteurs
de
troubles
dans
la
région
de
Beni
Abbes
(Gautier
1908
:
205;
Martin
1923:
277).
Quelques
années
plus
tard,
ils
allaient
s'épauler
contre
la
pénétration
coloniale.
Mais
aussi
bonnes
qu'aient
pu
etre
les
relations
entre
Ayt
Khebbach
et
Dwi
Menia,
un
autre
accord
les
aura
surpassées:
celui
qui
de
nos
jours
perdure
entre
la
tribu
de
Taouz
et
les
arabes
Beni
Mhammed.
On
peut
voir
la
l'effet
d'un
pacte
d'une
essence
supérieure,
la
tafrgant,
à
condition
de
ne
pas
négliger
qu'une
fructueuse
association
commerciale
l'a
longtemps
redoublé.
La
tafrgant d'abord:
la
scellerait,
chez
les
Ayt
Atta,
le
rituel
de
colactation
ailleurs
attaché
à
la
tada
(13).
Cela
pour
dire
qu'il
s'agit
d'un
pacte
d'une
exceptionnelle
solennité,
créateur
de
liens
de
quasi-parenté
entrainant
la
prohibition
de
l'inter-mariage.
En
conséquence,
les
Beni
Mhammed
auraient
pratiquement
fait
partie
des
Ayt
Atta.
Quoi
qu'il
en
soit,
pendant
tout
le
siecle
qui
à
précédé
l'établissement
de
la
domination
française,
l'accord
des
Beni
Mhammed
et
des
Ayt
Khebbach
a
eu
un
fondement
économique.
Les
premiers,
sédentarisés
pour
partie
dans
le
Draa
pour
partie
au
Tafilalt,
achalandés
par
Marrakech
et
Fes
en
denrées
européennes,
confiaient
aux
seconds
le
convoyage
de
leur
marchandise
en
direction
du
Touat
et
du
Gourara.
Courant
modeste,
un
ruisselet
comparé
à
ce
qu'était
alors
la
descente
sur
Timimoun
des
éleveurs
des
Hautes
Plaines
oranaises,
mais
apparemment
nécessaire
et
sans
doute
fructueux
puisqu'au
lendemain
de
l'occupation
du
Touat
les
Beni
Mhammed
y
rouvraient
audacieusement
boutique.
ll
ne
tarit
qu'avec
les
multiples
combats
de
l'été
1903
et
l'internement
de
commercants
Beni
Mhammed
suspectés
d'y
avoir
été
mêlés;
le
négoce
ne
devait
plus
jamais
reprendre
dans
les
mêmes
conditions
(14).
Nos
convoyeurs
exercaient-ils
en
chemin
quelque
coupable
industrie
-
taxation
ou
pillage
des
caravanes
concurrentes,
razzia
d'esclaves
-,
cela
ne
pouvait
nuire
à
leurs
commanditaires;
mieux:
plus
proches
de
l'information,
ces
derniers
signalaient
les
coups.
On
voit
ce
qu'en
ces
lieux
et
ce
temps
recouvrait
l'entente
à
base
économique.
Celle-ci
déborda
plus
encore
le
travail
de
la
marchandise:
à
partir
de
1860
en
effet
les
sources
montrent
les
Beni
Mhammed
signant
au
coté
des
Ayt
Khebbach
les
traités
de
protection
passés
avec
des
communautés
du
Touat
(Martin
1923:
175,218,237,287).
L'assaut
sur
Timimoun
fut
aussi
une
entreprise
commune.
L
'épisode
même
sur
quoi
s'est
achevée
cette
maniere
de
conduire
les
affaires,
cette
incarcération
de
commercants
Beni
Mhammed
bientot
suivie
de
leur
élargissement,
rassembla,
comme
il
se
devait,
et
les
comperes
et
leur
style.
Les
Ayt
Khebbach
durent
accepter
de
participer
avec
les
Beni
Mhammed
aux
négocations
proposées
par
Lyautey
et
ses
officiers.
Mais
une
fois
les
prisonniers
libérés,
les
Berberes
expédierent
aux
Français,
rédigé
au
verso
de
la
convention
imposée,
un
libelle
provocateur
les
déliant
de
leurs
engagements
(15).
ll
serait
paradoxal,
aprês
s'etre
attardé
sur
ces
polarités,
de
négliger
l'attraction
des
Ayt
Atta.
Au
sein
de
cet
ensemble
considérable,
les
Ayt
Khebbach
constituent
avec
les
Ayt
Oumnasf
le
“cinquieme”
des
Ayt
Ounebgui,
littéralement
“les
invités”.
Cet
ethnonyme
laisse
penser
des
intéressés
qu'ils
sont
entrés
apres
d'autres
dans
le
groupement.
De
fait,
un
traité
de
protection
du
XVIe
siecle
montre
chez
les
Ayt
Atta,
antérieurement
à
leur
organisation
en
cinq
“cinquiemes”,
une
organisation
en
“tiers”
centrée
sur
le
coeur
du
pays
attaoui,
à
distance
de
ses
marges
actuelles
(Mezzine
1977:
210).
Et
les
traits
les
plus
contingents
du
particularisme
des
Ayt
Khebbach
ne
sont
pas
sans
témoigner,
à
leur
maniere,
d'une
assimilation
incomplete
-
par
exemple
la
coiffe
des
femmes
mariées,
différente
du
modele
uniformément
en
vigueur
dans
les
autres
fractions
(16).
Cela
dit,
les
Ayt
Ounebgui
sont
des
Ayt
Atta
apart
entiere.
Leur
présence
à
proximité
des
paturages
réservés
du
Haut
Atlas
central
et
leurs
droits
sur
l'un
d'entre
eux
sont
a
cet
égard
significatifs
(17).
Plus
pres
de
leurs
bases,
les
Ayt
Khebbach
peuplent
avec
les
Ayt
Oumnasf
plusieurs
qsur
du
Rteb,
l'étroit
district
cultivé
s'étirant
le
long
de
l'oued
Ziz
en
amont
du
Tafilalt.
Acquis
pour
prix
de
la
protection
imposée
par
les
Ayt
Atta
vers
1815,
ces
qsur
ont
d'abord
appartenu
à
l'ensemble
des
confédérés.
Puis
des
affrontements
internes
ont
opéré
une
sélection,
un
seul
autre
“cinquieme”
restant
représenté
a
coté
des
Ayt
Ounebgui.
A
la
veille
de
l'installation
des
Français,
les
moitiés
mêmes
du
«cinquieme»
dominant
s'entrebattaient:
les
notables
Ayt
Oumnasf
choisirent
le
parti
des
nouveaux
venus
et
marcherent
contre
les
Ayt
Khebbach
et
leurs
compagnons
dans
la
dissidence.
C'est
parmi
ces
notables
que
les
officiers
des
Affaires
indigenes
recruterent
tout
le
temps
du
Protectorat
leurs
associés
locaux.
A
l'ouest
du
Ziz,
les
Ayt
Ounebgui
s'éparpillent
sous
la
tente
et
dans
quelques
minuscules
établissements
tout
au
long
de
la
retombée
présaharienne
du
Djebel
Saghro.
Au-dela
de
Ben
Dlala,
ultime
position
des
Ayt
Oumnasf,
les
Ayt
Khebbach
avaient,
juste
avant
l'arrivée
des
Français,
supplanté
d'autres
Ayt
Atta
dans
l'exercice
de
la
protection
sur
le
dernier
district
cultivé
de
la
vallée
du
Draa,
le
Mhammid.
En
amont,
l'
ancienne
capitale
du
Ktawa
est
aussi
de
leur
obédience,
les
Beni
Mhammed
peuplent
plusieurs
villages,
mais
les
protecteurs
évincés
non
loin
ont
globalement
conservé
l'avantage.
Deux
points
encore,
intéressants
parce
que
relatifs
aux
institulions
qui
expriment
le
mieux
l'unité
des
Ayt
Atta:
d'abord,
les
Ayt
Khebbach
sollicitaient
en
cas
de
besoin
l'avis
des
dépositaires
de
la
Coutume
a
Igherm
Amazder,
une
juridiction
d'appel
reconnue
par
tous
les
confédérés;
ensuite,
ils
ont
parfois
fourni
le
responsable
suprême
du
groupement.
Au
total,
et
sur
ce
constat
s'achevera
leur
présentalion,
les
Ayt
Khebbach
font
au
sein
des
Ayt
Atta
bonne
figure.
On
l'entendra
de
deux
manieres:
celà
veut
dire
qu
'en
dépit
de
leur
localisation
marginale
les
tendances
centrifuges
ne
l'ont
pas
chez
eux
emponé;
cela
rappelle
aussi
l'envergure
notabIe
que
conferent
au
sous-groupe
son
effectif
et
ses
alliances.
A
ces
Ayt
Atta,
cependant,
leurs
attaches
sahariennes
ont
valu
une
personnalité
puis
un
destin
tout
particuliers.
Attaches
sahariennes:
non
seulement
l'ancrage
tres
méridional
des
Ayt
Khebbach
les
justifient
mais
encore,
au
sud
d'une
ligne
Taouz-Mhammid,
la
topographie
générale
et
la
distribulion
des
ressources.
C'est
la
région
des
hamadas,
immenses
plateaux
nus
décapés
par
le
vent.
Enfoncée
en
coin
entre
les
grandes
hamadas
tertiaires
du
Guir
à
l'est,
du
Draa
au
sud,
la
table
crétacée
des
Kem-Kem,
abrupte
au-dessus
de
la
retombée
du
Saghro,
s'abaisse
progressivement
vers
le
midi
pour
s'ennoyer
sous
le
reg,
les
limons
et
quelques
dunes
à
mi-chemin
de
la
distance
aux
épandages
de
la
Daoura.
Ce
plateau
est
creusé,
selon
l'axe
méridien,
de
profondes
ravines
favorisant
la
circulation
des
piétons
et
des
animaux
de
bat;
l'
oued
Daoura
l'
à
scié
en
deux.
“La
disposition
du
relief
oriente
ainsi
les
Ayt
Khebbach
vers
le
Sahara”,
concluait
naguere
le
géographe
Goly
1951
:
133).
En
direction
du
bas-pays,
des
autres
Ayt
Atta,
des
marchés
du
Tafilalt
ou
du
Draa,
le
rebord
hamadien,
ébréché
de
quelques
passes
périlleuses
ne
facilite
guere
les
échanges.
Vers
le
sud,
au
contraire,
un
faisceau
de
vallées
abritant
des
paturages
variés,
des
puits
toujours
en
eau
et
même
quelques
parcelles
menent
à
d'estimables
parcours
à
chameaux;
en
basse
Daoura,
de
novembre
à
février,
des
cultures
de
décrue
sont
possibles,
vers
Cheffaya
notamment
ou
des
gens
venus
de
Tabelbala
pouvaient
voisiner
avec
les
ayt-tghla
(18).
L'ensemble
des
Ayt
Khebbach
a
longtemps
parcouru
toute
cette
région.
En
profondeur:
jusqu'aux
paturages
du
Mahjez,
à
vol
d'oiseau
160
kilometres
au
sud
de
Taouz;
les
crues
ne
vont
plus
loin
que
par
exception
et
la
commence
l'erg,
propre
à
rebuter
qui
ne
conduit
pas
que
des
charneaux.
Dans
le
temps:
jusqu'à
ces
jours
de
1956
qui,
voyant
l'accession
du
Maroc
à
l'indépendance,
voyaient
aussi
la
poursuite
et
l'intensification
de
la
Guerre
d'Algérie;
le
tracé
de
la
frontiere
fut
alors
modifié,
la
piste
de
Béchar
à
Tindouf
rénovée
et
protégée,
le
Mahjez
bientót
interdit.
La
hamada
du
Guir
est
beaucoup
moins
accidentée
que
les
Kem-Kem.
Elle
incline
comme
eux
au
midi
jusqu'à
ce
que
la
relaie
le
massif
ancien
d'Ougana.
Orientés
NO-SE,
les
chainons
de
celui-ci
s'interposent
entre
l'erg
Er-Rawi
et
le
Grand
Erg
occidental
ou,
si
l'on
préfere
entre
Tabelbalà
et
la
vallée
de
la
Saoura.
Des
points
d'eau,
d'excellents
paturages
de
printemps
s'y
abritent,
et
aussi
deux
modestes
établissements
berbérophones
avec
palmeraie
:
Zeghamra
(19)
qui
aurait
été
créé
par
les
Ayt
Khebbach.
Ougarta
qui
leur
obéissait
avant
l'intrusion
coloniale.
Les
habitants
de
ces
qsur
surveillaient
les
réserves
nécessaires
aux
nomades
comme
aux
guerriers
de
passage
(Coyne
1881:
20,21).
Jusque
dans
les
années
trente,
de
durs
accrochages
ont
opposé
alentour
djicheurs
"berabers"
et
soldats
des
Compagnies
méharistes
(Blaudin
de
Thé
1955:
25,27,47,78,79,91).
Mais
des
1937,
la
seule
circonscription
de
Rissani
dépêchait
sous
le
controle
des
Bureaux
d'
Abadla
et
de
Beni
Abbes
une
quarantaine
de
tentes.
Indiscutablement,
les
Ayt
Khebbach
avaient
ici
des
habitudes.
La
Maison
de
Guerzim,
importante
zaouïa
de
la
Saoura,
puis
sa
filiale
d'El
Maja
se
les
étaient
d'ailleurs
attachés;
assez
pour
que
le
jeune
rameau
choisisse
de
s'implanter
chez
eux
(20).
ll
y
avait
tada
entre
des
habitants
de
Beni
Abbes
et
un
segment
des
irjdaln.
Les
Beni
Mhammed
om
peuplé
Beni
Ikhlef.
En
vérité,
la
protection
qu'ils
exercent
plus
au
sud
-
comme
plus
amont,
antérieurement
aux
Dwi
Menia
(
Calderaro
1904
:
310-
311)
-
ramenait
chaque
année,
pas
toujours
dans
le
calme,
la
tribu
de
Taouz
et
ses
alliés
privilégiés.
Aussi
bien
faut-il
évoquer
"la
rue,
l'artere
des
palmiers",
cette
succession
d'oasis
si
nombreuses
qu'une
jument
allant
le
pas,
dit
un
proverbe,
pourrait
etre
saillie
dans
la
premiere
pour
mettre
bas
dans
la
demiere.
A
l'aval
de
la
Saoura,
née
d'oueds
eux-mêmes
cultivés,
s'embranchent
plein
sud
le
Touat,
vers
l'est
de
Gourara.
Sur
chacun
de
ces
trois
axes:
200
kilometres
de
présence
humaine,
des
rubans
de
verdure
jamais
distants
de
plus
de
25
kilometres;
au
bout
de
Touat,
diverge
en
sus
le
Tidikelt.
C'
est
la
civilisation
des
galeries
drainantes
et
de
la
division
statutaire
du
travail.
Élevée
sur
la
voie
des
caravanes
au
Pays
des
Noirs,
elle
n'a
pas
négligé,
des
siecles
durant,
la
ponction
esclavagiste.
L
'exhaure
dévore
du
labeur,
la
gestion
suscite
la
chicane:
aux
negres
les
outils
et...
l'accumulation
(21)
pour
les
gens
du
calame!
On
voit
le
beau
jeu
offert
aux
nomades:
vassaliser
des
groupes
dont
l'aristocratie,
rien
moins
que
guerriere,
tablait
sur
le
servage.
Les
Ayt
Khebbach
comme
les
tribus
du
Sud-Oranais
ne
s'en
sont
pas
privés.
La
concurrence
de
leurs
appétits
n'offrait
qu'une
carte
aux
oasiens:
acheter
la
protection
d'un
parti
contre
tous
les
autres,
et
d'abord
contre
lui-même
-
encore
était-il
avisé
d'en
gratifier
plusieurs.
Le
marché
n'était
pas
vain.
Les
protecteurs
avaient
intérêt
à
tenir
leurs
engagements;
le
contrat
conduisait
de
fait
à
un
moindre
mal.
ll
arrivait
même
que
l'office
s'assortisse
de
responsabilités
dépassant
apparemment
la
capacité
des
oasiens,
soit
la
surveillance
des
jardins
a
l'approche
de
la
récolte
et,
pour
les
terroirs
ou
la
dérivation,
l'étalement,
l'enfouissage
des
crues
hystérisent
régulierement
le
fellah,
une
maniere
de
police
des
prises
d'eau.
ll
faut
voir,
enfin,
que
le
factionnalisme
oasien
n'était
pas
sans
ajouter
à
la
pression
nomade,
si
j'ose
dire,
une
sucsion
sédentaire.
C'est
l'antagonisme
des
Sefian
et
des
Ihamed
qui
à
ouvert
le
Touat
puis
le
Gourara
aux
exigences
des
Ayt
Khebbach
(22).
En
résumé,
les
suggestions
du
cadre
physique
et
l'attraction
d'un
milieu
humain
aussi
docile
qu'appliqué
avaient
conduit
la
tribu
de
Taouz
à
bénéficier
fort
loin
de
ses
bases
d'importants
rapports.
Un
millier
de
kilometres
séparent
le
Rteb
des
abords
du
Tidikelt.
Les
facteurs
d'une
telle
réussite,
mieux,
les
mobiles
de
l'entreprise
ou
ses
conditions
de
possibilité
ont
tenu,
certes,
à
l'énergie
des
Ayt
Khebbach
mais
ont
a
voir
aussi
avec
le
dénuement
de
leur
canton
d'origine.
Dans
l'est
du
Maroc,
on
le
sait,
le
domaine
présaharien
remonte
jusqu'en
lisiere
du
Haut
Atlas.
Un
climat
aride
et
continental
à
bilan
hydrique
fortement
déficitaire,
la
rareté
et
la
pauvreté
des
sols
cultivables
s'y
conjuguent
pour
rendre
difficile
toute
présence
humaine,
qu'elle
s'attache
à
des
ilots
de
verdure
laborieusement
entretenus
ou
pallie
a
force
de
mobilité
la
précarité
et
la
dispersion
des
ressources.
Dans
la
région
des
hamadas,
les
difficultés
s'exacerbent.
Non
seulement
le
nomadisme
l'emporte
mais
il
faut
faire
flêche
de
tout
bois,
dans
toutes
les
directions.
Elevage
du
petit
bétail
et
du
dromadaire,
agricultures
intensive
et
extensive,
activités
reposant
sur
l'usage
ou
la
menace
d'user
de
la
force,
et
même
chasse,
collecte,
transport,
extraction
miniere:
les
Ayt
Khebbach
n'ont
rien
négligé,
modulant
face
à
l'aléa
naturel
comme
aux
vicissitudes
politiques
des
équilibres
qui
tout
au
long
du
XIXe
siecle
leur
furent
favorables.
Leur
maitrise
semblait
parfaite,
quand
avancerent
sur
Timimoun
les
colonnes
francses.
Au
contact
du
front
colonial
depuis
le
début
du
siecle,
les
Ayt
Khebbach
ne
se
sont
rendus
qu'en
1934,
apres
bien
des
combats
(23),
lors
de
l'ultime
étape
de
la
conquête.
Campagne
moderniste,
mécanisée;
les
dissidents
forcés
comme
des
cerfs
jusqu'a
l'embouchure
du
Draa.
Trois
ans
auparavant,
les
irjdaln
et
leurs
clients
avaient
fui
le
pays
de
Taouz,
investi
a
partir
de
Bou
Denib
et
de
Tabelbala
en
vue
de
réduire
le
Tafilalt.
Quatre
années
encore,
une
trentaine
d'irréductibles
allaient
garder
les
armes
et
persévérer
dans
l'errance
avec
la
complicité
de
nombre
des
leurs.
Cependant,
l'officier
commandant
le
Poste
de
Taouz
notait
fin
1936
que
les
Ayt
Khebbach
commencaient
"à
sortir
de
leur
attitude
de
mépris
et
de
morgue".
De
leur
abattement,
faut-il
comprendre.
Car
d'entre
toutes
les
conséquences
de
la
soumission,
la
moindre
n'était
pas
d'avoir
à
ressourcer,
réorienter
le
vouloir
vivre
collectif.
Mais
faire
le
deuil
des
valeurs
guerrieres
quand
on
porte
le
deuil
de
tant
de
guerriers!
ll
y
fallait
du
temps.
Pour
le
moins
ces
quelques
années
vécues
dans
le
repli
sur
soi,
la
bravade
faisant
le
lit
du
principe
de
réalité.
Les
armes
avaient
été
confisquées,
les
ralliés
de
la
premiere
heure
formaient
la
piétaille
du
vainqueur,
les
esclaves
passaient
métayers,
les
imazighen
et
la
plebe
devaient
les
mêmes
prestations...
En
sus,
l'autorité
de
controle
entendait
limiter
la
bougeotte,
favoriser
l'agriculture,
réglementer
la
quête
pastorale;
bref,
proposait
d'amoindrir
le
recours
à
l'espace.
Au
nom
d'une
expérience,
d'outils
de
développement,
pouvaient
s'inquiéter
les
vaincus,
ou
de
la
loi
du
plus
fort?
Amere
dépendance:
les
protecteurs
au
long
cours
pris
dans
la
nasse
du
Protectorat.
En
face,
à
l'échelon
pratique
du
systeme
des
Affaires
indigenes,
point
n'étaient
facile
la
tache,
fermes
les
directives,
fones
les
compétences.
Et
dans
un
contexte
injuste,
au-dela
du
"Maroc
utile",
ici
comme
ailleurs
la
bonne
volonté
s'insularisait.
C'est
bien
un
"Robinson
galonné"
régentant
"d'impossibles
Vendredis"
(24)
qui
s'évertue
dans
ces
extraits
du
Bulletin
de
quinzaine
et
brouillonne
d'entrée,
sans
le
savoir,
le
sombre
avenir
de
ses
administrés:
13.2
-
28.2
1937:
Les
transhumants
essayent
une
fois
de
plus
de
passer
dans
le
Bureau
de
Tabelbala
tandis
que
les
Dwi
MeDia
et
les
Arib
de
ce
Bureau,
les
ait
Bourk
de
Rissani
veulent
pénétrer
dans
le
territoire
de
Taouz.
Conformément
aux
instructions
en
vigueur
depuis
juin
dernier,
le
Chef
du
Bureau
s'est
opposé
à
ces
mouvements
contraires.
Les
nomades
vendent
des
truffes
blanches
de
la
hamada
25
pour
50
centimes
le
kg.
Sur
le
plan
de
l'agriculture,
les
35
jardins
“makhzen”,
pourtant
confiés
a
des
gens
sélectionnés,
ont
échoué;
le
matériel
à
plus
ou
moins
disparu.
Le
Bureau
se
préoccupe
d'établir
des
contrats
de
métayage
en
faveur
des
“Negres
soudanais”.
23.4
-
12.5
1937
:
Plusieurs
milliers
d'
Aït
Atta
sont
venus
au
Grand
Mayd'er
et
dans
les
deux
cuvenes
alluvionnaires
voisines
pour
récolter
les
céréales
ensemencées
cet
hiver,
puis
faire
paturer
les
chaumes
a
leurs
animaux.
La
récolte
ne
valait
la
peine
que
sur
le
mayder
ait
Khebbach
qu'on
avait
ouvert,
heureusement,
a
tous
les
ait
Ana.
1.6
-
15.6
1937:
Distributions
de
riz
pour
enrayer
l'exode
vers
le
nord
et
l'Algérie
(26).
Crue
jusqu'au
Mahjez,
sous-utilisée
faute
d'équipement
hydraulique.
9.8-
24.8
1937:
Au
nord
du
Bureau
les
paturages
ne
peuvent
plus
convenir
qu'aux
chameaux,
au
sud
ils
restent
corrects
pour
le
petit
bétail.
Les
ait
Khebbach
qui
possedent
des
palmiers
au
Tafilalt
y
sont
partis
pour
la
récolte,
accompagnés
de
quiconque
à
quelques
sous
à
dépenser;
vu
de
Taouz,
le
Tafilalt
semble
un
paradis.
Institution
d'un
souk
du
jeudi
pour
freiner
ces
déplacements
inutiles.
1.10
-
15.10
1937:
Dans
une
partie
du
mayder
ait
Khebbach,
début
des
travaux
agricoles
soutenus
par
le
Bureau.
8.11
-
25.111937:
Fin
des
ensemencements
du
Bureau:
230
quintaux
pour
200
ha.
Sur
le
reste
du
mayder
ait
Khebbach,
ceux-ci
ont
eu
la
priorité
jusqu'au
15,
puis
les
autres
Aït
Atta
ont
rcu
le
droit
d'acces.
Comme
dans
l'ensemble
du
Cercle,
les
conditions
sont
favorables
grâce
aux
pluies
de
l'Atlas.
Une
crue
du
Ghéris
à
coïncidé
avec
la
crue
du
Mayder,
la
plaine
de
Remlia
s'est
trouvée
inondée
mais
n'a
pas
été
mise
en
culture
en
dépit
des
appels
du
Bureau.
1.1
-
20.11938:
De
fones
gelées
ont
décimé
10%
du
petit
bétail
et
la
plupart
des
chamelons
qui
venaient
d'etre
mis
bas.
Grêle
au
mayder
ait
Khebbach.
21.1-
8.2
1938:
Nouvelles
gelées
le
5
et
les
jours
suivants;
les
deux
tiers
des
cultures
du
mayder
sont
gelées
au
ras
des
racines.
Dans
des
conditions
aussi
aléatoires,
ne
faudrait-il
pas
penser
aux
ressources
minieres
de
ce
pays?
28.5
-
10.6
1938:
Récoltes
terminées.
Au
mayder,
l'essai
du
Bureau
est
déficitaire,
rendement
0,5.
Cependant
les
travaux
effectues
ont
permis
aux
adventices
d'etre
abondantes
et
de
nourrir
pendant
un
mois
des
milliers
d'animaux.
Laissons
l'erreur
factuelle,
l'incompréhension,
l'apprentissage.
Ces
dix-huit
mois
ressassent
une
double
obsession
du
tuteur:
restreindre
l'amplitude
et
la
fréquence
des
déplacements
extemes,
multiplier
les
ressources
locales
ou
tenter
d'en
intensifier
l'exploitation.
Jusqu'
aujourd'hui,
le
pouvoir
d'
État
ayant
partout
survécu
au
renvoi
de
son
fourrier,
ces
tendances
ont
continué
de
prévaloir,
la
premiere
comme
inscrite
dans
le
cours
des
choses,
la
seconde
ravivée
par
l'indépendance
nationale.
Avec
le
systeme
de
valeurs,
la
morphologie
sociale
et
quelques
solidarités
s'en
sont
trouvé
changées.
Il
importe
donc
de
montrer
les
principes
a
l'oeuvre.
Le
resserrement
des
horizons
d'abord.
Vers
1900,
un
caravanier
des
llhayan
exhibait
un
permis
de
circuler
obtenu
à
Tombouctou
:
quarante
ans
plus
tard,
ses
moutons
et
ceux
d'autres
ressortissants
de
Taouz
sont
interdits
de
pature
dans
le
territoire
de
Rissani.
Or
ce
Bureau,
j'ai
eu
l'occasion
de
le
dire,
s'était
débarrassé
la
saison
précédente
d'une
quarantaine
de
tentes
à
destination
des
Monts
d'Ougarta
ou
des
Dwi
Media.
En
l'occurrence
un
probleme
s'exportait;
et
dans
l'administration
voisine
encore,
comme
s'agissant
des
migrations
de
travail
bientot
durement
contingentées.
Alors,
gestion
de
la
pénurie?
Il
semble
plutot
que
la
pyramide
des
Affaires
indigenes
ait
calqué
ses
décisions,
pas
seulement
à
l'époque
du
rodage,
sur
la
vieille
pratique
tribale
du
rapport
de
force.
A
l'étage
du
Cercle,
une
quarantaine
de
tentes
défendues
par
le
proche
Bureau
d'
Annexe
pesent
plus
que
huit
pasteurs,
même
aisés
-
puisqu'il
s'agit
de
moutons
-,
présentés
par
un
Chef
de
Poste.
Retenons
cette
inversion
majeure:
le
mole
des
énergies
prédatrices,
l'apre
foyer
d'expansion,
n'est
qu'un
cul-de-basse-fosse
sous
la
gouverne
du
pacificateur.
Encore
la
haute
politique
allait-elle
amputer
ce
canton
à
l'ouest,
puis
l'écorner
du
bas
avant
que
l'accélération
de
l'histoire
y
rogne
carrément.
L
'administration
coloniale
a
peut-etre
haï
le
mouvement
qui
dépasse
les
lignes,
elle
ne
s'est
pas
privée
de
les
déplacer.
En
février
1941,
la
stratégie
du
Résident
Général
dans
la
durable
dispute
des
Confins
algéro-marocains
conduisit
à
détacher
du
controle
de
Taouz,
pour
la
rattacher
à
l'
Annexe
du
Ktawa,
toute
la
région
sise
à
l'ouest
d'un
arc
Hassi
Zgilma-Hassi
Chaamba,
la
cuvette
avoisinant
Zegdou
comprise
(Trout
1969:
369-371).
Vu
de
Rabat,
ca
n'est
pas
grand-chose...
le
Tafilalt
même
n'a
rien
d'un
paradis.
Mais
sur
place
l'Armée
comptait
quatre
étapes
de
six
heures
pour
parcourir
la
ligne,
la
Zaouia
de
Sidi
Lmadani
tenait
des
mois
dans
la
cuvette,
les
Affaires
indigenes
avaient
agrandi
le
modeste
repaire
de
Zegdou
pour
en
faire
un
poste
autour
duquelle
recensement
de
1936
dénombra
113
personnes.
La
nouvelle
limite
eut
sans
tarder
ses
effets
pervers.
Des
l'été
1942,
Taouz
s'en
servit
contre
les
Ayt
Atta
et
sur
tout
les
Arib
du
Draa
(27).
L
'année
suivante,
les
Ayt
Khebbach
en
patirent
alors
que
la
mouche
debbab,
monelle
pour
les
chameaux,
interdisait
les
puits
de
la
Daoura
(28).
Ententes
tribales
qu'on
désagrege,
risques
écologiques
renforcés:
affirmatif,
le
cantonnement
mene
le
nomadisme
à
sa
perte.
Le
son
des
ConfIns,
c'est
la
montée
des
indépendances
qui
l'a
scellé;
autant
dire
que
la
France
à
baclé
son
devoir.
Une
"Guerre
des
sables"
en
résulta,
qui
n'a
rien
corrigé
de
la
frontiere
mais
en
aura
durci
i'étanchéité.
Voici
les
faits.
Le
probleme
de
distinguer
les
zones
de
controle
du
Protectorat
et
de
l'Algérie
au
Sahara
nord-occidental
s'est
posé
des
les
années
vingt.
De
1934
a
1953,
la
Résidence
avait
opposé
aux
prétentions
de
l'administration
voisine
une
"limite
méridionale
présumée
du
Maroc"
joignant
le
coin
sud-est
de
la
province
de
Tarfaya
à
l'oued
Saoura,
15
kilometres
en
amont
d'Igli.
En
1953,
le
Résident
conforma
cette
belle
droite
aux
inquiétudes
de
l'heure:
la
nouvelle
limite
épousait
le
rebord
de
la
hamada
du
Draa
jusqu'à
Zegdou,
visait
ensuite
Cheffaya,
puis
grimpait
les
paralleles
jusqu'à
Hassi
Sobti
et
Teniet
Ariatine
avant
de
rejoindre
Figuig
(Trout
1969:
41D-417).
Vint
I'indépendance;
des
éléments
presque
incontrolés
de
l'Armée
Nationale
de
Libération
harcelaient
depuis
le
sud
marocain
les
troupes
francses
en
Algérie.
La
République
définit
alors
un
tracé
plus
septentrional,
dénommé
"limite
opérationnelle",
lequel
prévaut
toujours
entre
l'Algérie
socialiste
et
le
Royaume
chérifien.
Du
coude
du
Draa
à
la
hamada
d'Erfoud,
cette
démarcation
suit
le
front
des
Kem-Kem
(Trout
1969:
419-420).
La
moitié
du
territoire
de
Taouz
n'appatiendrait
donc
plus
au
Maroc!
Dans
toutes
les
parties
du
monde,
les
nomades
savent
s'arranger
des
frontieres,
il
en
est
même
que
ces
pointillés
enrichissent,
mais
à
condition
que
la
région
ne
soit
pas
l'enjeu
de
débats
trop
vifs.
Ce
n'est
pas
le
cas
ici.
D'abord,
l'Armée
française
à
effectivement
ratissé
les
Kem-Kem;
le
Mahjez
comme
la
hamada
du
Guir
avaient
été
déclarés
zones
interdites.
Puis
la
poudre
a
parlé,
en
octobre
1963,
entre
les
pays
freres
(29).
Depuis
1975,
la
route
Béchar.
Tindouf,
qui
franchit
la
Daoura
alentour
Cheffaya,
a
valeur
stratégique
dans
le
conflit
du
Sahara.
Au
total,
nombreux
doivent
etre
les
Ayt
Khebbach
qui
ont
désappris
les
parcours
de
l'extrême-sud.
Dans
les
Kem-Kem
cependant,
en
1971,
l'agent
recenseur
marocain
a
compté
une
cinquantaine
de
foyer
a
Tihariyin,
pres
du
rebord,
et
dans
Saf-Saf,
a
mi-pente,
douze
autres
familles.
La
tribu
de
Taouz
n'aurait
donc
pas
totalement
vidé
les
lieux.
Tandis
que
le
nomadisme,
d'abord
lui,
subissait
ces
entraves,
l'exploitation
du
sol
et
du
sous-sol
était
favorisée
avec
l'espoir
d'ainsi
résoudre
le
probleme
des
ressources.
En
agriculture,
on
l'a
vu,
les
Affaires
indigenes
ont
d'abord
volu
suivre
les
gens
sur
le
terrain
des
facons
extensives;
plus
exactement
les
y
dépasser
en
semant
cinq
a
six
fois
plus
dense.
“Chaque
chef
de
famille
n'a
jeté
que
cinq
kilos
d'orge
au
mayder”
s'était
étonné
l'Officier
de
Taouz
fin
1936.
En
admettant
qu'a
l'époque
les
Ayt
Khebbach
aient
pu
faire
mieux,
c'est
que
la
mise,
ici,
s'ajuste
à
bien
des
facteurs.
Les
uns
correspondent
au
partage,
égalitaire
jusqu'à
l'exploit,
d'un
collectif
d'extension
variable
selon
les
années;
les
autres
à
l'aléa:
au
mayder,
la
semence
ou
bien
se
perd
ou
bien
rend
cent
a
deux
cents
fois.
On
sême
ce
qu'il
faut
pour
ne
pas
trop
perdre,
assez
pour
récolter
beaucoup.
D'un
grain
peuvent
naitre
80,
100
tiges;
puis
l'épiage
est
excellent
(30).
La
granulométrie
tres
homogene
des
limons
serait
cause
de
ces
bons
résultats,
et
aussi
le
fait
qu'on
ne
les
obtient
qu'un
an
sur
quatre,
lorsque
des
crues
de
printemps
ont
relayé
l'inondation
d'octobre.
Deux
systemes
phréatiques,
l'un
venu
du
nord,
l'autre
de
l'ouest,
s'épanouissent
dans
un
bassin
de
quelque
13
000
hectares
pour
le
noyer,
les
bonnes
années,
sous
dix
centimetres
d'eau.
Au
centre,
c'est
le
Grand
Mayder,
ouvert
a
tous
les
Ayt
Atta.
En
1962,
7
939
personnes
-
car
on
compte
en
individus
présents,
vieillards
et
bébés
compris
-
avaient
eu
droit
chacune
à
une
bande
d'environ
trente
centimetres
de
large
sur
quatre
à
cinq
kilometres
de
long,
perpendiculairement
au
sens
du
sous-écoulement
(31).
Mais
depuis
1965,
un
conflit
qui
porte
bien
la
marque
des
imazighen
bloque
les
ensemencements.
Plutot
que
de
reconnaitre
aux
Noirs
un
plein
droit
d'acces,
alors
qu'ils
leur
font
régulierement
la
faveur
de
les
accepter
en
marge,
les
Ayt
Atta
ont
préféré
vouer
le
collectif
au
paturage.
En
1973,
les
Arib
du
Ktawa
et
les
Ayt
Khebbach
y
menaient
6000
dromadaires,
ceux
qu'ils
ne
conduisent
plus
en
basse
Daoura
sans
doute.
Au
nord
de
la
dépression,
comme
au
sud-ouest,
deux
groupes
bénéficient
d'un
collectif
propre
en
sus
de
leurs
droits
sur
la
partie
centrale.
Au
midi
il
s'agit
des
Ayt
Khebbach,
mais
le
terrain
a
perdu
de
son
intérêt
agricole
au
fur
et
a
mesure
que
le
flux
ouest
faisait
l'objet,
loin
en
amont,
de
ponctions
plus
efficaces.
De
1918
a
1932,
le
Tafilalt
végéta
sans
eaux
superficielles
aucunes.
Pour
affaiblir
la
dissidence
retranchée
à
Rissani,
l'
Armée
francise
avait
fait
sauter
le
barrage
détournant
les
crues
vers
la
palmeraie.
Par
la
branche
naturelle
de
l'
oued,
ces
eaux
profiterent
directement
aux
terrains
qui
s'étirent
entre
les
dunes
de
l'erg
Chebbi
et
une
hernie
du
Ziz
à
hauteur
de
Merzouga.
]usqu'a
deux
cents
tentes
des
Ayt
Khebbach
et
des
Dwi
Media
s'appliquerent
à
étendre
leurs
cultures.
C'est
à
partir
de
cet
embryon,
apres
la
restaaration
des
ouvrages
du
Tafilalt,
que
le
Bureau
de
Taouz
a
le
mieux
contribué
à
l'intensification
du
travail
de
la
terre.
De
rustiques
barrages
orienterent
les
crues
résiduelles
de
Rissani
vers
la
dépression
dont
le
trop-plein,
les
meilleures
années,
était
canalisé
a
son
tour
jusqu'à
l'éponge
de
l'erg;
en
1943,
un
tel
bienfait
opéra
six
mois
(32).
Quatre
galeries
drainantes
restituent
à
Merzouga
les
précieux
apports,
mais
c'est
tout
le
front
de
l'erg,
sur
une
douzaine
de
kilometres,
qui
est
favorisé.
La
plus
forte
concentration
sédentaire
de
la
circonscription
de
Taouz
s'observe
la,
avec
un
quart
de
la
population
totale
en
1971.
On
est
venu
des
tentes,
bien
entendu,
mais
aussi
des
qsur:
c'est
dire
l'attraction
du
site;
des
tensions
naquirent
à
ce
propos
entre
segments
lignagers.
Le
Maroc,
on
le
sait,
a
mis
en
oeuvre
une
politique
des
grands
barrages.
L
'effet
devrait
s'en
faire
sentir
la
puisqu'il
a
été
prévu
qu'une
partie
des
lachers
de
l'ouvrage
d'Er-Rachidia
atteignent
Merzuga,
via
des
canaux
modernes,
pour
irriguer
de
nouveaux
périmetres.
Ceux
qui
ont
été
aménagés
multiplient
par
dix
les
superficies
traditionnelles
mais
les
lachers
se
font
attendre
et
la
nappe
phréatique
a
baissé;
l'Office
de
mise
en
valeur
promet
pourtant
le
double
-
celà
ferait
mille
hectares.
Une
réussite
plus
récente
est
celle
de
Remlia,
au
confluent
du
Ghéris
et
du
Ziz,
déjà
en
territoire
algérien
s'il
fallait
croire
les
cartes
(33).
La
ou
l'Officier
de
Taouz,
en
novembre
1938,
regrettait
qu'on
n'ait
pas
labouré,
la
Promotion
Nationale
a
financé
dans
l |