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MASSINISSA
Le plus célèbre
roi amazigh de l'Antiquité, unificateur de la Numidie
Massinissa,
dont le nom était transcrit MSNSN sur les stèles libyques
-à lire probablement mas n sen "leur seigneur"- était
le fils du roi Gaïa.
On connaît très peu de choses de Gaïa mais on sait que
sous la direction de ce souverain, le royaume massyle avait commencé
à atteindre un haut degré de civilisation, mais Syphax,
le roi des Massaessyles rivaux, n'avait pas cessé de le harceler,
s'emparant, à chaque fois qu'il le pouvait, de ses villes et territoires.
Rome soutenant Syphax, Gaïa s'était allié aux Carthaginois.
Il leur fournit, en échange de leur protection, des troupes que
le jeune Massinissa commanda en
Espagne, à partir de 212 ou 211 avant J.C. jusqu'à l'automne
206, avec de fréquent: voyages en Afrique. La guerre ne tarda pas
à tourner en faveur des Romains. Les Carthaginois, battus à
Ilipa, perdirent leurs possessions en Méditerranée. Le général
Scipion qui commandait l'armée romaine en Espagne, songeait à
porter la guerre en Afrique, mais il voulait, auparavant s'assurer le
soutien des royaumes numides. Il avait déjà gagné
l'amitié de Massinissa, avec lequel il avait passé accord
secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax
de joindre à l'alliance. Mais le roi massaessyle, ayant eu vent
de l'accord avec Massinissa, s'était déjà rapproché
de Carthage.
Gaïa mourut cette année là et la royauté passa,
la règle de succession des royaumes amazighs, au mâle
le plus âgé de la famille, son frère Oezalcès.
Celui-ci ne tarda pas à mourir à son tour. Un de ses fils,
Capusa, lui succéda un homme sans envergure qui vit aussitôt
se dresser contre lui un certain Mazetul qui devait appartenir à
une à une branche rivale de la famille. Capusa fut tué au
cours d'un combat mais Il ne prit pas le titre de roi. Il le conféra
au frère de Capusa, Lacumazes, qui était un enfant. Or le
trône devait revenir cette fois-ci à Massinissa, devenu l'aîné
des enfants de la famille. Le jeune homme, se sentant lésé,
quitta l'Espagne, avec une troupe de cavaliers, décié à
faire valoir ses droits.
Lucamazès appela Syphax à son secours. Le puissant roi
massaessyle chassa Massinissa mais, en retour, il annexa le royaume massyle.
Massinissa, réfugié dans les montagnes, avec une poignée
de fidèles, connut une vie de proscrit. Il ne continua pas moins
à harceler ses ennemis et les hommes de Syphax ne réussirent
pas à venir à bout de lui.
Son heure arriva quand Scipion, décidé à en finir,
avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya
une nouvelle foi, d'attirer Syphax jetant de nouveau l'alliance proposée,
il se tourna de nouveau vers Massinissa, Les premiers combats tournèrent
en faveur des deux alliés Ces derniers, encouragés par leurs
succès, s'attaquèrent à Uttique, place forte carthaginoise,
mais l'intervention de Syphax, les obligea à se retirer. ils prirent
leurs quartiers d'hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de
nouveau en contact avec Syphax. Faute de le détacher des Carthaginois,
il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre
Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent
l'Italie, où ils sont en campagne, en échange les Romains
quitteraient l'Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait
les Carthaginois accepta l'offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition
pure et simple de la Cité punique, la rejeta.

Massinissa et Scipion reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci
les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne
voulant pas perdre plus d'hommes, se retira dans son royaume.
Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas
de répit, décidèrent, après avoir adopté
une attitude défensive, de passer à l'offensive. Ils levèrent
une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l'assaut. Ce fut
la bataille des Grandes Plaines (avril 203 avant J.C) qui s'acheva par
la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion.
Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes,
puis la guerre reprit. Un combat s'engagea entre Massinissa et Syphax,
et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur
le point de l'emporter, quand l'armée romaine intervint. Jeté
à terre, Syphax fut arrêté. On l'enchaîna et
on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état,
décida de se rendre. Massinissa, après plusieurs années
d'errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères.
Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva
d'une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal,
qui avait mis fin à la campagne d'Italie, souleva les espoirs de
la Cité.Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit.
Hannibal s'allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et,
ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion
les rejoignirent à Zama (soit l'actuelle Souk Ahras, en Algérie,
soit Jama, en Tunisie) et une grande bataille s'engagea (202 avant J.C).
Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis
la bataille tourna à l'avantage de Massinissa et de Scipion. L'historien
latin Tite-Live fait un récit très imagé de cette
bataille :
"Un combat singulier s'engage entre Massinissa et Hannibal. Hannibal
pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire.
Massinissa se relève et, à pied, s'élance vers Hannibal,
à travers une grêle de traits, qu'il reçoit sur son
bouclier en peau d'éléphant. Il arrache un des javelots
et vise Hannibal qu'il manque encore. Pendant qu'il en arrache un autre,
il est blessé au bras et se retire un peu à l'écart...
Sa blessure bandée, il revient dans la mêlée, sur
un autre cheval. La lutte reprend avec un nouvel acharnement, car les
soldats sont excités par la présence de leurs chefs. Hannibal
voit ses soldats fléchir peu à peu, certains s'éloignent
du champ de bataille pour panser leurs blessures, d'autres se retirent
définitivement. Il se porte partout, encourage ses hommes, abat
par-ci, par-là ses adversaires, mais ses efforts demeurent vains.
Désespéré, il ne pense qu'à sauver les restes
de son armée. Il s'élance en avant, entouré de quelques
cavaliers, se fraie, chemin et quitte le camp de bataille. Massinissa
qui l'aperçoit se lance avec son groupe derrière lui. Il
le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il
brûle de le ramener prisonnier. Hannibal s'échappe à
la faveur de la nuit dont les ténèbres commencent à
couvrir la nature."
Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent
traité fut révisé et la cité punique dut restituer
à Massinissa tous les territoires qui avaient été
arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta
et essaya de s'opposer au traité mais menacé d'être
livré aux Romains, s'enfuit en Syrie où il se suicida en
143 avant J.C.
Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses
années. Il garda sa vie durant l'amitié de Rome mais il
ne fut pas son vassal et, contre ses appétits impérialistes,
déclara, dans une formule célèbre, que l'Afrique
appartenait aux Africains. Il récupéra non seulement les
territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage
mais aussi de nombreuses villes régions sous l'autorité
des Carthaginois ou Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il
occupa soixante dix villes et forts !
L'oeuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son
oeuvre militaire. Il sédentarisa les amazighs, il les unifia,
il édifia un Etat Numide puissant et le dota d'inscriptions, inspirées
de celles de Rome et de Carthage. Il fit une monnaie nationale, entretint
une régulière et une flotte qu'il mit parfois au de ses
alliés romains.

Massinissa qui était un rude guerrier, encouragera la littérature
et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut
à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers.
C'était un homme courageux, qui garda jusqu'à un âge
avancé, une grande vigeur. Il pouvait rester une journée
entière à cheval et, comme le dernier de ses soldats, supporter
toutes les privations. Il avait quatre vingt huit ans quand il commanda
une bataille contre les Carthaginois. Le lendemain, Scipion Emilien le
trouva debout, devant sa tente, mangeant un morceau de galette, qui formait
son repas.
Mais il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant
de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant,
dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient
chargées de vaisselle d'or et d'argent et où se produisaient
les musiciens venus de Grèce.
Massinissa avait combattu les Carthaginois mais il ne dédaigna
guère la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage.
La langue punique fut sage courant dans sa capitale où on parlait
également, en plus du amazigh, les langues grecque et latine.
Il eut plusieurs épouses et un nombre considérable dont
quarante trois mâles. La plupart disparurent avant lui mais il en
resta, à sa mort, une dizaine. Il aimait les enfants et il gardait
autour de lui ses petits-enfants. Un marchand grec, étant venu
acheter des singes en Numidie, pour distraire les riches, il dit "Les
femmes de votre pays, ne vous donnent-elles pas des enfants ?"
Massinissa fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée
et l'île de Delos, en Grèce, lui éleva trois statues.
Vers la fin de sa vie, il voulut s'emparer de Carthage pour en faire sa
capitale. Les Romains qui redoutaient qu'il n'acquière une puissance
encore plus grande que celle des Carthaginois et qu'il ne se retourne
contre eux, s'opposèrent à ce projet. Caton, attirant l'attention
sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre
formule: "Il faut détruire Carthage! "
Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d'âpres
combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les
survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement
rasée (149 avant J.C). Massinissa, mort quelques temps plus tôt,
n'avait pas assisté à la chute de la ville convoitée.
Ses sujets, qui l'aimaient, lui dressèrent un mausolée,
non loin de Cirta, sa capitale, et un temple à Thougga, l'actuelle
Dougga, en Tunisie.
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