Le 10 avril dernier, deux Touaregs, Barka Cheikh Ag Belkheir, Commandant de l’armée malienne et son chauffeur Mohamed Ag Moussa, ont été retrouvés égorgés et enterrés à quelques kilomètres de Kidal (nord-Mali). D’après les témoignages, le Commandant muni d’une permission réglementaire, devait se rendre dans le campement de sa famille. Les deux hommes ont disparu après qu’ils aient été interceptés en fin de journée, par des militaires maliens au poste de contrôle situé à la sortie de la ville de Kidal. Pour l’opinion publique locale, il est certain que ce double assassinat prémédité, est l’oeuvre des militaires maliens hostiles à la paix.
Les représentants Touaregs refusent que l’enquête sur ce double meurtre soit confiée à l’armée malienne et réclament une commission d’enquête internationale neutre.
En attendant, il n’était plus possible pour les officiers et soldats Touaregs de rester dans l’armée malienne à Kidal. Dès le 11 avril, ils ont donc tous quitté la ville avec armes et bagages, pour regagner les montagnes proches.
Aux côtés du peuple Touareg agressé une fois de plus, le Congrès Mondial Amazigh condamne avec la plus grande fermeté ces lâches assassinats et assure les familles des victimes et leurs amis, de sa solidarité et de sa sympathie fraternelles. Le CMA exige une enquête impartiale et rapide, et un châtiment exemplaire pour les auteurs et les responsables de ces crimes.
Redoutant les exactions de l’armée malienne, de nombreux habitants Touaregs de Kidal ont fui la ville pour se réfugier dans les campements en brousse ou pour tenter de rejoindre les zones frontalières avec l’Algérie. Sans protection, loin des lieux d’approvisionnement en nourriture et en eau, les populations subissent les menaces de la chaleur (la saison chaude qui commence les expose au risque de déshydratation et de famine) et des maladies, et sont terrorisées par l’éventualité de rencontrer une patrouille de l’armée malienne. Les Touaregs qui sont restés à Kidal sont placés sous haute surveillance par les forces gouvernementales et limités dans leurs déplacements. Même les élus sont soumis aux contrôles et aux vexations comme la fouille au corps plusieurs fois par jour.
Le CMA met en garde l’armée gouvernementale malienne contre toute tentation de s’en prendre aux civils et en appelle à la communauté internationale et aux ONG, afin qu’elles prennent des mesures urgentes pour protéger et venir en aide aux populations Touarègues désemparées.
Il est important de rappeler qu’un accord prévoyant les conditions de la paix et du développement dans les territoires Touaregs du Mali, a été signé entre les représentants Touaregs (rassemblés au sein de l’Alliance du 23 mai pour le changement) et le gouvernement malien en juillet 2006 (accord d’Alger), mais à ce jour, seul le volet désarmement et intégration des combattants Touaregs dans l’armée malienne a été appliqué. Et c’est justement le non respect par le gouvernement malien des autres dispositions de cet accord qui a motivé le fait qu’une partie des combattants Touaregs, avec à sa tête Ibrahim Ag Bahanga, n’a jamais accepté d’intégrer les forces armées maliennes.
En 2007, un forum international s’est déroulé à Kidal pour élaborer un vaste programme de rattrapage économique et social en faveur des régions Touarègues. Une année plus tard, il n’y a pas le début d’application d’une seule des recommandations de ce forum. En définitive, il apparaît clairement que la préoccupation du gouvernement malien n’est pas d’œuvrer à alléger les souffrances du peuple Touareg mais seulement le contrôle de ses territoires et de ses richesses naturelles.
Plus que jamais le peuple Touareg aspire à la quiétude et au progrès économique et social. Mais cela passe dans un premier temps par le respect et la mise en œuvre effective de tous les points inscrits dans les accords passés avec le gouvernement malien. Ensuite, toute solution durable repose inéluctablement sur l’élaboration et la mise en œuvre d’un statut de large autonomie pour les territoires Touaregs, tel que cela était prévu par le Pacte conclu entre le mouvement unifié de l’Azawad et le gouvernement malien en 1992.
En tout état de cause, le Congrès Mondial Amazigh réitère son total soutien au peuple Touareg et l’assure de sa disponibilité à agir au plan international pour faire valoir ses droits légitimes et pour élargir le champ des solidarités de la part des autres peuples.
Paris, le 14 avril 2008
P/le Bureau du CMA
Le Président
B. Lounes
