Arabe
English
 
 
Les états nations de Tamazgha
 Algérie
Egypte
 Iles Canaries
 Libye
 Mali
 Maroc
 Mauritanie
 Niger
 Tunisie
 
 CMA
 Pétitions
 

 

Maroc/Managem : Communiqué du Mouvement du Camp de protestation Imider


A travers l’ancien proverbe amazigh « Tar izli ur tamu - un évènement sans son poème est un événement qui n’a jamais eu lieu », nos ancêtres affirment l’importance de la poésie et de l'art et leur rôle fondamental dans la restitution des différents éléments de notre histoire et de la richesse des thèmes présents dans notre mémoire collective. Aujourd'hui, les outils de communication se sont considérablement développés. Cela ne signifie pas pour autant que nous substituerons la poésie traditionnelle de nos aïeuls par le cinéma, mais combinerons les deux pour renforcer davantage notre héritage culturel, l’héritage de la résistance.

Cette réflexion s’est traduite par la production du film documentaire « Amussu » dont la réalisation représente en soi une forme de résistance pacifique. Ce film raconte l’histoire de notre contestation continue, nous, la communauté d'Imider, village situé dans le sud-est du Maroc, devant l’exploitation abusive de la plus grande mine d’argent en Afrique du Nord, par la société Métallurgique d’Imider, filière du groupe Managem de la holding royale, en revendication de notre droit à l'eau, à la terre et à une vie décente.


Depuis l’été 2011, nous manifestons autant contre ces activités minières qui épuisent les ressources naturelles et détruisent l’environnement de notre région, que contre les politiques marginalisantes et injustes du makhzen. C’est en protestation contre cette situation que le mouvement social « Sur La Voie de 96 » a vu le jour, en hommage à la manifestation pacifique de notre communauté réprimée en 1996. Après cinq ans de sit-in, nous nous sommes lancés dans la réalisation de ce long métrage avec la contribution de l’un des nombreux militants pour notre cause, Nadir Bouhmouch, jeune réalisateur marocain ambitieux avec lequel nous avions précédemment collaboré pour la création de deux courts métrages et grâce à qui nous avons pu donner sa juste valeur à ce travail artistique.

Le mouvement « Sur La Voie de 96 » rassemble les membres de la tribu d’Imider, hommes et femmes, enfants et adultes, étudiants et agriculteurs, à travers "Agraw" (Assemblée générale de la communauté) que nous avons hérité de nos ancêtres au temps de la création de la Confédération des tribus d’Ait Atta et des autres organisations spécifiques aux tribus amazighes avant l’instauration de l’état moderne centralisé. « Agraw » est aujourd'hui l’institution démocratique à travers laquelle nous prenons des décisions collectives sur la base d’une démarche de démocratie directe. Lancée en 2016, la production même de ce film traduit les décisions d'Agraw sur le plan pratique à travers le « comité local du film d’Imider », en coordination avec toutes les équipes ayant permis la venue au jour de ce projet, loin des méthodes utilisées de nos jours dans la réalisation cinématographique.

Tous les partisans de la cause d’Imider n’ont pas les mêmes représentations quant à l’origine de notre lutte, à nos droits bafoués, à nos revendications, à la problématique de l'eau et à notre sit-in sur la montagne.... Aussi, « Amussu » nous plongera dans un monde encore inconnu par nombre de militants, celui de la vie quotidienne des manifestants, des acquis du sit-in, de la souffrance et des sacrifices de ces protestataires… Nous découvrirons ensemble des histoires humaines auxquelles peu de gens ont été exposés, dans cet ouvrage combinant le septième art et notre poésie amazigh de tous genres. Le film lèvera également le voile, sur les différentes formes de comportement régissant les relations entre les peuples autochtones et leurs terres, fondées sur l’héritage du savoir ancestral, les connaissances locales et les lois coutumières, qui témoignent de modèles solides de systèmes sociaux et politiques en vigueur dans les tribus Amazighs d’antan, à l’inverse de ce que nous subissons aujourd'hui comme systèmes sociaux abusifs basés sur des lois colonialistes prônant l’exploitation et l’injustice (lois relatives à la gestion des terres, de l'eau et des mines).


Cette expérience aussi riche soit-elle, n’a évidemment pas été de tout repos. Il s’agit ici de la réalisation d’un film de manière participative et indépendante de tout autre parti, et pendant laquelle toutes les décisions ont été discutées au cours d’Agraw. Tout le processus de tournage et d'enregistrement a dû être sécurisé par les habitants du village, en choisissant les moments et les endroits opportuns. A cela, se sont ajoutées quelques divergences de pensées entre les différentes parties-prenantes (les militants d’Imider d’une part, le réalisateur et les équipes de travail d’autre part), souvent discutées selon une démarche démocratique et participative dans le cadre d’Agraw et dans l’objectif d’atteindre l’unanimité, et en particulier au stade de la post-production. En dehors des heures de travail, des sessions de formation à la photographie et au cinéma ont été organisées en faveur des jeunes et des enfants du camp sous la supervision de l’équipe technique du film et avec les supports techniques utilisés dans la réalisation d’Amussu. Certaines scènes du documentaire ont d’ailleurs été filmées par ces mêmes jeunes, en illustration de notre ferme conviction quant à notre droit de pratiquer la culture et l'art sans restriction aucune. C’est dans cette optique que nous utiliserons le cinéma –qui n’est pas exclusif à une classe déterminée- comme moyen de résistance pacifique.

Personne à Imider n’aurait pu imaginer que notre lutte durerait aussi longtemps, ni qu’un jour nous en ferions un long métrage... Tout en espérant que le jour viendrait où nos problèmes seraient réglés et que nous poursuivrions nos vies normales avec dignité, nous préparions notre résistance à faire face aux pires éventualités, notamment l’indifférence délibérée de l’Etat face à nos protestations et l’arrestation arbitraire des jeunes de notre village. Nous avons donc dû faire de cette résistance un mode de vie et une vie de lutte, avec la conviction profonde de l’imminence du changement.

L’expérience du film Amussu s’inscrit dans cette forme de résistance, non seulement pour nous, militants du mouvement Sur La Voie 96, mais aussi pour notre cause puisqu’elle permet d’en assurer la communication avec les générations futures et également prémunir notre histoire de toute tentative d’effacement, comme ça été le cas pour nos ancêtres parmi les Ait Atta contre le colonialisme en 1933, la lutte continue pour les habitants d’Imider contre l’exploitation mafieuse de l’entreprise Managem en 1996, 1986 et 2004. Amussu représenterait alors un document d’archive pour les générations à venir, servant à préserver une importante partie de la mémoire collective de la lutte de la tribu d’Imider.


Il a été dit qu’Amussu est une expérience filmique distincte en son genre, car elle est le produit collectif d'un mouvement de protestation sociale, chose qui n’est pas commune dans le monde, encore moins en Afrique, peut-être les expériences sud-américaines et indigène-australienne en sont-elle les plus proches. Nous en sommes fiers, et heureux d’ajouter Amussu à la bibliothèque cinématographique d'Asammer (sud-est du Maroc) en faisant ainsi une nouvelle référence pour la compréhension de la lutte du village assiégé d’Imider. Nous le considérons aussi comme la voix de toutes les victimes des mines du Maroc (Tafraout, Askawn Taliwin, Bouazer, Akka Tata, Tighanimine, Tiwitt Iknioun, Oumjrane, Jerrada…) et la voix de toutes celles des industries extractives (dans les bassins miniers du sud tunisien et algérien…) que nous encourageons à montrer plus d’intérêt à l’art de la résistance, à l’art de défendre ces causes qui nous concernent tous, en particulier celles des communautés indigènes, compte tenu de leur attachement à la terre et à l’eau, et de leur expérience dans leur sauvegarde. Amussu n’est pas seulement un film mais une expérience de résistance pacifiste que nous mettons à la disposition de tous les militants des causes sociales et environnementales.

Aujourd’hui, nous célébrons le nouvel an Amazigh 2969, soit après 90 mois de sit-in et 2 ans après le lancement de la production du film. Amussu voit le jour et nos manifestations continuent, avec le souvenir du militant “ El Hajj Mellioui”, l’un des personnages du film qui nous a quitté en cours de route après un long combat avec la maladie. Et en toile de fond, l’assurance de voir naître de nouvelles vies pleines d’amour et d’espoir. La première d’Amussu se déroulera en notre présence sur le camp de protestation d’Imider,

Mouvement Sur La Voie 96 - Camp de protestation Imider
Janvier 2969


Auteur: Mouvement Sur La Voie 96
Date : 2019-01-23


Suivez-nous sur Facebook
 

 
Communiquer
Partager sur Facebook avec vos amis-es
 
 
La plume de Mouvement Sur La Voie 96
Envoyer l'article à un ami
Article lu 10187 fois

 

Les commentaires : Important :Prière de noter que les commentaires des lecteurs représentent les points de vue de leur auteurs et non pas d’AmazighWorld; et doivent respecter la déontologie, ne pas dépasser 6 à 10 lignes, critiquer les idées et non pas les personnes, êtres constructifs et non déstructifs et dans le vif du sujet.

 
Commentaire N° : 1
Par: id Bawziki Le : 2019-01-25
Titre: Les chinois disent: " la marche victorieuse de 1000 ans a commencé par un pas".
Pays: France  


Certaines peuplades du Souss, pour défendre leur cause, arborent la photo du Roi et le drapeau rouge. Le peuple d'Imider fidèle à ses racines Amazighes fait preuve de dignité.
 
 
 

 
Votre commentaire ici :
Nom
Email (votre email ne sera pas affiché)
Titre
Commentaire
  Sécurité : copier le code suivant 003j1yif ici :  
 
 

 

 

Autres articles :










Maroc : l’injustice confortée
Auteur: CMA - Date : 2019-04-08






 

 

Headquarters : Amazigh World  (Amadal Amazigh), North America, North Africa

  amazighworld@gmail.com

Copyright 2002-2009  Amazigh World. All rights reserved.