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Maroc: Conseil municipal de Témara, Vers une wahhabisation de l’espace public


Nommer un espace équivaut à le créer. L’identifier en tant que référent socioculturel, historique ou politique. Attribuer un nom permet de pérenniser ou occulter (assassiner) la mémoire d’une communauté. Le nom d’un lieu (toponyme) est un marqueur identitaire; ce n’est pas une donnée fortuite, neutre ou banale. La dénomination nous offre des repères pour nous situer par rapport à un espace habité par notre mémoire, notre histoire, notre culture et nos valeurs. En un mot, c’est un moyen d’exprimer notre identité, notre appartenance à une communauté, un peuple, une civilisation.

Le nom d’un lieu est un point de repères gorgé de chaleur humaine, un point d’ancrage dans un espace « domestiqué » et dont on prend possession. Les conquêtes coloniales et les « grandes découvertes géographiques » sont, dans ce domaine, « édifiantes ». L’examen des toponymes des contrées et pays dominés nous éclaire sur les rapports entre le colonisateur et le colonisé et la constitution d’un « empire géographique» par les colons qui, en abolissant le toponyme autochtone, recréent l’espace ex-nihilo, au sens démiurgique du terme, en lui assignant une nouvelle étiquette définitoire conforme à leur vision hégémonique « supérieure ». Souvent, l’entreprise coloniale entame sa domination symbolique par la re-dénomination des espaces.

La décision scandaleuse et irresponsable du Conseil municipal de Témara s’inscrit dans ce cadre : nommer pour marquer un territoire (les animaux marquent aussi leur territoire, à leur façon) ; sauf que ce marquage repose sur des considérations politico-idéologiques qui atrophient la mémoire collective nationale et nos valeurs millénaires de tolérance et de coexistence pacifique pour faire l’apologie d’une topique totalitaire, productrice de frustrations et de haine de l’Autre : le wahhabisme. Le délit impardonnable se traduit par le choix de nommer des dizaines de rues de la ville par des noms de bigots ankylosés, connus pour leur misanthropie primaire et leurs pensées grégaires et anachroniques.

Le Conseil, pour wahhabiser et « islamiser » l’espace public de l’agglomération, a décidé d’honorer des prédicateurs bouchés, des membres du « clergé des fanatiques » dont la santé mentale est plus que douteuses. Un gang dont les noms évoquent automatiquement la terreur et la jubilation dans l’horreur. Sinistre. Les rues de Témara sont ainsi souillées par les noms de barbares incultes que le Conseil classe parmi les « apôtres du prophète », pour justifier et corroborer son choix déraisonné et inqualifiable. Avec le consentement incompréhensible des autorités de tutelle.

Obnubilés par leur « succès », les barbus qui dominent le Conseil, soutenus par des formations politiques qui ont perdu leur dignité, sont partis à la conquête de Témara, via ses espaces publics. Leur inconscient collectif est hanté et dominé par les idées de razzias et de jihad conçus comme devoirs religieux de tout croyant qui veut renouer avec la « cité » perdue et l’âge d’or de la « Khilafa ». Et pour ce faire, ils commencent par wahhabiser les rues comme espace conquis, « colonisé ». Une fierté qui a couté un budget conséquent pour le contribuable. C’est ainsi que leurs fantasmes morbides sont projetés sur le territoire « domestiqué » : l’espace public.

La réaction du président du Conseil est décalée. De la poudre aux yeux. On peut la résumer en ces termes : « notre formation politique n’est pas la seule responsable ». Mais il oublie de nous dire qui a proposé cette liste de « philanthropes » ! Il n’a pas non plus parlé des « apôtres du prophète » dont la biographie aurait dû faire l’objet d’une recherche minutieuse, pour nous éclairer sur leurs apports incommensurables au patrimoine de l’humanité de telle sorte que nous puissions comprendre le choix du Conseil de les honorer. Signalons aussi que les plaques ne sont pas écrites en amazighe (langue officielle) et sont de couleur verte. Et pourquoi le vert et non une autre couleur ??? Le drapeau des wahhabistes et en vert, traversé de gauche à droite par un glaive (et non une fleur par exemple ou un chameau) pour rappeler leur sort à ceux qui n’obéissent pas à leur préceptes primitifs et barbares.

La mobilisation populaire et l’indignation d’activistes et de la société civile a poussé le Conseil à faire disparaitre les plaques inculpées. Cependant des dizaines d’autres plaques portant des noms similaires figurent à l’entrée des rues de plusieurs quartiers. La vigilance est donc de mise et il faut continuer la dénonciation et appeler les autorités de tutelle à assumer leur responsabilité.


Par cette décision, la corporation pijidiste et ses affidés a tenté d’opérer une emprise idéologique sur l’espace public de la ville de Témara. Comme ce fut le cas à Agadir et probablement ailleurs. C’est un des éléments de sa stratégie pour wahhabiser nos lieux, après avoir amplifié les hauts parleurs des mosquées. Le choix des noms des lieux leur permet de transmettre une mémoire et une histoire exogènes, importées et aller à contre-courant de la volonté de la plus haute autorité du pays qui ne cesse d’agir pour pérenniser nos valeurs authentiques : la tolérance, le respect de la différence et la liberté.

NB : j’habite un quartier de Témara. La tue où je réside est affublé du nom de « Abou Jouhayfa ». J’ai effectué une recherche sur cet énergumène qui, rien que par ses sonorités me donne des cauchemars et empêchent beaucoup d’enfants de dormir. Son vrai nom est Wahb Ben Abdellah Ben Mouslim, classé parmi les petits « apôtres du prophète » : le prophète est décédé alors qu’il avant à peine plus de dix ans. Il était « chef de police » auprès de Ali, gendre du prophète. Son butin : avoir collecté quatre (je dis bien quatre) hadiths attribués au prophète. Parmi ces hadith, celui-ci : un jour, notre apôtre a du se gaver de nourriture au point qu’il s’est mis à roter. Se présentant devant le prophète, ce dernier l’admonesta en le sommant d’arrêter de roter et d’ajouter que celui qui se gave ici-bas aura faim dans l’au-delà.


Auteur: Moha Moukhlis
Date : 2020-05-21


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