Nations Unies – Conseil économique et Social. 65ème session du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD)
La Mauritanie présente ses 6e et 7e rapports
Communiqué
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Le berbère en Mauritanie : une langue en voie
d’extinction
Lors de la 65eme session du Comité pour l'élimination de la discrimination
raciale (CERD) qui se tient du 2 au 20 août 2004 à Genève,
l’Etat mauritanien est appelé à fournir un rapport sur les
mesures législatives, judiciaires et administratives qui ont été
prises pour s’acquitter de ses obligations en vertu de la Convention internationale
pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (ICERD).
En la circonstance, l’Etat mauritanien présente un texte mettant
en scène une mécanique institutionnelle tout à fait formelle
d'allure hautement protectrice des libertés publiques et des droits conférés
par la Convention, mais en totale contradiction avec la réalité
de tous les jours en Mauritanie.
Ce formalisme de façade cache l'énorme fossé qui s'est
structurellement installé entre la légalité mauritanienne
qui, seulement dans ses textes, se veut respectueuse des traités internationaux
relatifs aux droits de l'Homme et l'application réelle de ces instruments
ainsi que la protection effective des droits qu'ils reconnaissent, cependant
très formellement, aux ressortissants de l'Etat mauritanien.
L'une des principales contradictions se constate dans le traitement que réserve
l'Etat mauritanien aux berbérophones.
Le rapport présenté par l’Etat mauritanien ne reconnaît
aucunement la langue berbère, les populations berbérophones ni
leurs droits.
Tamazgha, ONG de défense des droits des Imazighen (Berbères),
a présenté à cette occasion un rapport alternatif intitulé
"Le berbère en Mauritanie : une langue en voie d’extinction".
Dans ce dernier, Tamazgha revient sur la présence linguistique et culturelle
incontestables mais fragile des berbérophones en Mauritanie ainsi que
sur les principales violations de la Convention internationale pour l'élimination
de toutes formes de discrimination raciale. Dans ce même rapport, Tamazgha
formule des propositions pour éliminer les discriminations dont sont
victimes Imazighen (les Berbères).
Tamazgha s'élève contre les violations caractérisées
des droits des berbérophones en contradiction avec les conventions de
protection des droits de l'Homme pourtant signés et ratifiées
par l’Etat mauritanien. En effet, la Constitution de la Mauritanie impose
toujours unilatéralement la langue arabe aux berbérophones. De
ce fait, l'Etat a mené et mène toujours une politique délibérée
d'arabisation forcée.
Notons que la Constitution mauritanienne reconnaît trois langues nationales,
autre que la langue arabe (par ailleurs, l’unique langue officielle),
mais pas le berbère. Plus qu’une exclusion, cette attitude dénote
un mépris délibéré à l’égard
des berbérophones et par la même de leur langue.
Tamazgha demande que des mesures urgentes et sérieuses soient prises
de sorte à conforter les berbérophones, de par une reconnaissance
institutionnelle de leur langue, et que l’extinction de tamazight (langue
berbère) soit réellement évitée. Pour ce faire,
des mesures étatiques à court terme dans les domaines de la reconnaissance
institutionnelle, l’Education, la Culture et l’Information s’imposent.
Tamazgha appelle de tous ses vœux pour que les membres du Comité
pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciales interpellent
l'Etat mauritanien sur sa politique d’exclusion des berbérophones
et lui rappellent la nécessité de prendre les mesures nécessaires
pour que les berbérophones accèdent à leurs droits linguistiques
et culturels que leur garantit la Convention.
Tamazgha,
Genève, le 6 août 2004.
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