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Aicha El Wafi, une Berbère qui a tout perdu

Aicha El Wafi, franco-marocaine âgée de 61 ans, est la mère de Zakarias Moussaoui. Accusé d'être le “ vingtième pirate de l'air ” des attentats du 11 Septembre, l'islamiste a été condamné le 5 mai 2006 à la prison à perpétuité. Aicha a écrit un livre intitulé, Mon fils perdu, paru fin 2006,  pour raconter son combat contre ce qu’elle appelle l'injustice. Sauf que la plus grande injustice dont son fils, Zakarias Moussaoui, a fait les frais est celle d'ignorer complètement son identité.

Dans son livre, Aicha El Wafi raconte son enfance malheureuse, son mariage  forcé  avec Omar, un homme violent et ingrat, fustige le patriarcat et dénonce l'inégalité entre l'homme et la femme. Bref, “ les coutumes absurdes ” qu'elle a subies. Battue, humiliée, séquestrée même par son époux à son arrivée en France. Elle divorce, fait tout son possible pour s'intégrer dans la société française et éduquer ses enfants “ à l'occidentale ”.

 

Par l'écriture de cet ouvrage, Aicha cherche à comprendre les raisons du changement radical du comportement de son fils Zakarias. Celui qu'elle avait “ tant chéri et aimé ”. Elle s'est donc efforcée à raconter douloureusement son parcours pour en extraire les blessures de " Zak" depuis son plus âge. Elle pointe du doigt son mari qui la frappait alors qu’elle était justement enceinte de Zakarias, rappelle le racisme dont il a été l’objet, l'absence du père, etc. En fait, elle accuse le monde entier, mais à aucun moment elle n’a engagé sa responsabilité. Bien plus, elle n’a cessé de se vanter d'avoir offert une excellente éducation à ses enfants  en évitant par tous les moyens de reproduire le schéma éducatif de sa propre famille. A l’en croire, elle  a même traité ses deux filles de la même manière que ses deux fils.

Son fils aîné, Abd Samad, a basculé lui aussi dans l'extrémisme mais à moindre mesure, car tombé dans l’escarcelle d’une secte appelée Al Ahbach. Il a également écrit un livre,  Zakarias mon frère,  sorti en 2002 pour donner sa version des faits. Même si on peut condamner sa haine vis-à-vis de celle qui lui a donné la vie, il dit énormément de vérités que celle-ci tait dans son livre : Aicha a fait de Zakarias un “ adulte déraciné et sans repères ”. Voilà la source de tout le problème. À rappeler que Aicha est berbère, née dans un pauvre village à Azrou, dans les montagnes du Moyen Atlas. On comprend et partage sa souffrance due à une enfance difficile, sa soif de liberté, son désir d'indépendance, sa volonté d'aller à l'école mais, dès son enfance, elle a renié son identité, repère indispensable pour exister : la berbérité.

 

Zkaria Moussaoui, avant de tomber entre les mains des arabo-islamistes

Toute jeune, elle a rejeté et stigmatisé toute sa culture à cause de coutumes archaïques comme si la culture berbère avait le monopole des tous les archaïsmes.  Mariée  à 14 ans, elle a exigé de porter une " robe occidentale" et rejeté "le costume traditionnel berbère", lançant " un ultime défi aux coutumes", selon sa propre expression. Aicha s'est tout simplement trompée de cible : au lieu de condamner ces quelques traditions arriérées et chercher à faire évoluer les mentalités, elle a rejeté  en bloc  toute une culture qui porte des valeurs qui lui auraient été, peut-être, d’un grand secours.

Toute contente, elle a réussi à quitter momentanément son village berbère pour travailler en ville. Ses modèles étaient ses amies françaises, les libres "filles des colons", qui habitaient en ville et qui étaient, certes, libres.  Mais a complètement nié tout le côté positif de sa culture maternelle. Ensuite, le jeune couple est parti s'installer à Rabat. Enfin, arrivée en France, son obsession pour la liberté et les valeurs républicaines françaises l’ont amené à occidentaliser ses enfants après les avoir arabisé. Si Aicha n'avait pas renié son identité et la culture de ses ancêtres, elle aurait enseigné les valeurs berbères à ses enfants, attitude digne de la femme berbère qui demeure, par excellence, la protectrice du patrimoine civilisationnel berbère. Comme l'a dit Abd Samad, elle a voulu faire de ses enfants "des Français plus que les Français" comme, auparavant, elle est devenue arabe plus que les Arabes eux-mêmes.

Zakarias et Abd Samad se sont rendus au Maroc à deux reprises et Aicha se réjouit de leur négligence envers le pays de leurs racines. "Le Maroc est dans leur cœur mais loin de leur tête. Ils n'en gardent pas la nostalgie. La rigidité et la sévérité là-bas leur a fait comprendre que leur vie est en France et pas ailleurs" écrit la mère. C'est exactement elle qui a encouragé cette distance et ce déni de leurs racines en décrivant à leurs enfants la misère du Maroc. Comme si le Maroc se réduisait à la misère.

Indépendamment de toutes les traditions humiliantes que toute jeune fille puisse subir, n'y a-t-il pas, dans tout village berbère, la chaleur, le bonheur malgré la misère de la vie, de beaux sourires enfantins, des fêtes, des traditions magnifiques, des contes et légendes éloquentes, la sagesse des anciens...? Pourquoi renier tout cet apport positif de sa culture pour embrasser d'autres coutumes étrangères ? Zakarias comme ses frères et sœurs auraient du savoir qu'ils étaient français mais français d'origine berbère et non d'origine arabe ou de souche. Ils ont été victimes, tout comme leur mère, de l'arabisation.

L'islamiste Zakaria Moussaoui

Au grand bonheur du lecteur, l'auteur consacre un chapitre intitulé "Retour aux sources" pour tenter, pendant que son fils croupit en prison, de "reconstituer les pièces éparpillées du puzzle", de comprendre pourquoi Zakarias a choisi de baigner dans la haine et l'obscurantisme mais surtout comprendre les raisons de son "entêtement à vouloir être libre". Mais hélas, la "mère du terroriste", comme les médias l'ont surnommé, se sent plus que jamais "en décalage" avec ce Maroc. Le lecteur s'attend à ce qu'elle renoue avec son passé mais elle ne fait qu'enterrer encore plus ce passé, en plus de critiquer sa mère et toute sa famille...

Si le FBI a arrêté Zakarias Moussaoui, peu avant le 11 septembre, c'était à cause d'un visa périmé. Mais ce n'était pas ce papier d'identité qui était périmé mais son identité tout court. Ce n'est ni la misère, ni l'ignorance, ni le racisme qui expliquent sa participation à Al Qaida mais d'abord et surtout l'absence de repères identitaires. Un proverbe berbère dit "Qui perd sa langue perd son identité". Zakarias parle le français, l'arabe dialectal qu'il appelait " l'arabe tout tordu", l'anglais mais ne parlait pas la langue de sa mère, le berbère. D'ailleurs, cette dernière a été arabisée dès l'enfance prétextant vouloir être libre.

Les exemples de femmes berbères cherchant à faire évoluer les mentalités sont nombreux. Enfant, la chanteuse marocaine berbère, Fatima Tabaâmrante, a perdu sa mère comme Aicha a perdu son père toute petite. Sa belle-mère la battait tous les jours pour rien comme Omar frappait Aicha pour le plaisir. Son père a ensuite passé de longues années en prison et, juste après sa libération, Fatima a fuit le village car son père voulait la marier de force. Aicha El Wafi n'a malheureusement pas pu fuir et a souffert encore plus après son mariage. Mais elle a fait l'erreur de confondre toute sa  culture aussi riche soit-elle avec quelques traditions effectivement absurdes.

Aicha El Wafi
Fatima Tabaamrante

La célèbre chanteuse, aujourd'hui, est une artiste engagée dans la défense et la promotion de la culture. Elle a réussi surtout à faire évoluer les mentalités rétrogrades de son entourage. Ce que Aicha n'a pas réussi à faire, préférant (et c’est plus facile) piétiner à la fois son identité et s'écarter encore plus des membres de leur famille et de leurs mentalités. Le problème est que le passé nous rattrape toujours et quiconque s'égare cherche à s'agripper à quelque chose. Malheureusement, Zakarias, complètement perdu et déraciné, a été la proie des recruteurs de terroristes qui ont su, à leur tour, lui laver le cerveau...

Dans une interview accordée au magazine féminin "Femme du Maroc", Aicha, à la question "Quelle relation avez-vous aujourd'hui avec le Maroc? ", répond ceci : J'ai ma famille là-bas, ma mère... Je suis allée encore au Maroc l'année dernière, deux mois et demi, puis encore un mois… Je suis de Meknès, de Azrou". Notons qu'elle est née à Azrou et non pas à Meknès qui se trouve à 60 km d'Azrou et qu'on ne peut être à la fois de Meknès et d'Azrou... Et Aicha ajoute : "Je suis une Berbère!". Mais pourtant, elle ne le dit nulle part dans son livre où elle se réfère sans cesse à l'arabité, elle ne l'a jamais dis non plus à ses enfants... Ces déclarations démontrent bien que même Aicha El Wafi ne sait même pas qui elle est. Le titre de son livre est "Mon fils perdu" mais elle doit aujourd'hui admettre qu'elle s'est  d'abord perdue elle-même avant d'avoir tout perdu, à savoir sa famille...


Auteur: Fatima
Date : 2008-03-20


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