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Du centrisme arabo-musulman

Les apologistes et nostalgiques arabo-musulmans, en parlant des heures de gloire de l'empire (califat) et de la civilisation arabo-musulmane, se plaisent à énumérer les hommes de science (dite arabe ou arabo-islamique), qui ont contribué à bâtir cette civilisation, mais passent volontiers sous silence le fait que nombre de ces savants ne sont pas d'origine arabe, ni même musulmane. Tout étudiant de l'histoire arabo-musulmane quelque peu averti, ne manquera pas d'observer que les foyers de cette civilisation se situent et ont été bâtis sur les cendres d'anciennes civilisations. Les dynasties successives, à savoir les Omeyyades n'ont pas siégé au Hedjaz ou au Nedjd, mais bel et bien à Damas, la capitale éternelle, tandis que les Abbassides, pour des raisons qui leur sont propres, ont donné leur préférence à Bagdad en Mésopotamie, foyer d'une ancienne civilisation mésopotamienne d'essence sumérienne.

Ce n'est guère étonnant, dès lors que l'on sait que dans un désert, tel Rubae Al Khali (quartier vide) les conditions pour construire une florissante civilisation sont quasi inexistantes. En Afrique, le processus fut sensiblement analogue, d'abord au pays des Pharaons, puis en Ifriqiya, avec Kairouan, où avait déjà existé une culture punique, gréco-romaine, pour arriver enfin, en la presqu île ibérique.

Toutefois, cette tendance ou disposition à vouloir parler de sa propre culture et civilisation et à ne considérer le monde étranger ou extérieur qu'en fonction de l'intérêt que l'on porte à sa propre chapelle, n'est pas le propre des arabo-musulmans. En fait, même nos Imazighen modernes ne dérogent pas à cette règle, quoique leur motivation soit quelque peu différente, car pour eux, il s'agit plutôt de s'approprier leur propre histoire, en omettant toutefois, à une exception près, que rien n'a été fait en langue amazighe. Au contraire, en utilisant les langues étrangères, ils n'ont fait qu'enfoncer la langue amazighe dans une position d'infériorité et de second rang. Tout ce que les Imazighen ont pu contribuer à la civilisation humaine a été fait dans une langue étrangère (ex. Jugurtha, Juba, Saint Augustin, Tachfin, Ibn Tummert, Abdelmoumen Ben Ali, Mokhtar Soussi, K. Yacine, etc.), quelle soit punique, grecque, latine, arabe ou française. Et pour être conséquent et honnête avec nous-mêmes, nous continuons à faire la même erreur, sauf que cette fois-ci les conditions ont bien évoluées, ainsi que les mentalités.

De nos jours, nous connaissons fort bien l'eurocentrisme, qui caractérise les relations qui lient la civilisation européenne à ses dépendances de la rive méridionale de la « mare nostrum » et autres civilisations du monde au-delà du monde méditerranéen. Pour s'en rendre compte, on a qu'à demander à n'importe quel étudiant ou même à un homme de la rue quelque peu éduqué si le nom d'Einstein lui dit quelque chose, et il vous répondra certainement que c'est le plus grand physiciste de tous les temps, qu'il est le père de théorie de relativité et de la célèbre formule E=mc2, que tout étudiant est censé connaitre et que l'on trouve même imprimée sur leurs T-shirts. En plus, il ajoutera que le célèbre savant est d'origine allemande et qu'il est vénéré dans le pays de l'Uncle SAM où l'on ne jure que par lui dans certains milieux. Mais demandez au même type s'il connait ou s'il n'a jamais entendu parler d'un certain Boze, et il restera la bouche bée.

Pourtant ce dernier, statisticien indien bengalais, a beaucoup aidé le premier dans ses calculs. Et il va sans dire, qu'il est sans aucun doute un grand mathématicien, (à ne pas confondre ce mathématicien avec celui d'un autre politicien bengalais du même nom, qui eut maille à partir avec les Britanniques, durant la deuxième guerre mondiale, pour s'être allié au Pays du soleil levant, dans l'espoir de libérer sa patrie du joug anglais, ce qui fut un mauvais calcul). C'est dans la nature des hommes, diront certains, car si Einstein est connu dans tout le monde, c'est parce qu'il appartient à un pays riche et puissant, alors que Boze, son confrère indien, est inconnu en Occident, parce qu'il appartenait à un pays pauvre et sous le joug colonial britannique en cette période. Et puisque la culture dominante était anglo-saxonne, il ne faut pas s'étonner dès lors, qu'elle éclipse les autres cultures. Mais pas pour longtemps, car les vieilles nations asiatiques, tels des géants assoupis, depuis des siècles se sont subitement réveillées de leur hivernage et de leur torpeur. Le japonais qui se demande pourquoi son pays, alors premier producteur de téléviseurs dans le monde, n'arrive pas à exporter sa culture dans le monde ni même la faire passer sur les écrans en Occident, trouvera peut-être consolation dans cette prise de conscience des vieilles nations.

Voyons un peu plus près de chez nous ! Nous avons tous entendu parler d'un Marco Polo, le commerçant censé avoir apporté les nouilles et spaghetti de Chine, mais demandez à un Européen (de la rue) s'il a jamais entendu parler d'un Ibn Batouta, bien que le premier, à en croire les spécialistes, n'ait pas fait les voyages qu'il prétend avoir entrepris en l'Empire du Milieu, pour la simple raison que les Mandarins, qui avaient la charge de tout enregistrer avec application et zèle, en particulier les visites des dignités étrangères à la cour impériale, ne mentionnent guère ni son passage dans la capitale chinoise ni sa présence dans le pays, et encore moins dans les registres d'audiences. Alors qu'Ibn Batouta, que l'on dit « berbère » arabisé et jurisconsulte, grand bourlingueur, pour employer un terme moderne, a laissé derrière lui, plusieurs progénitures, même dans des atolls aussi éloignés que ce ceux des Maldives, où apparemment, il avait introduit l'islam. Il ne faut pas oublier qu'il était kadi de formation, ayant reçu une éducation traditionnelle de son époque. Qui de nous n'a-t-il ? pas entendu, au moins une fois de sa vie, d'un certain Galilée ou Galileo et d'un Copernic ou Copernicus, selon la version latinisée ? Mais qui a jamais entendu parler ? d'un Ulugh Beg M'rz? Mohammad Tariq bin Shahrokh (Ulugh Beg) - et Ulu? Bey, ?Ulugh Bek/Ulug Bek) en farsi ?????? ???? ???? ?? ??? ?? (??? ???)??.

J'en suis sûr que peu de gens de chez nous ont entendu parler de lui, sauf peut-être quelques érudits et spécialistes, mais combien d'érudits avons-nous encore ? Il serait intéressant pour le lecteur amazigh d'apprendre quelques informations sur notre homme car tout est question d'informations qui ne manque pas d'intérêt, à plus d'un titre, pour se faire une juste idée de ses contributions aux sciences mathématiques et de sa pensée révolutionnaire dans le domaine social. Comme l'on verra ci-dessous, cet homme de science est le symbole de la lutte perpétuelle entre deux conceptions du monde, celle des lumières, représentée par la science, d'une part, et l'autre obscurantiste représentée par la religion, d'autre part. Son attitude courageuse et la recherche de la vérité scientifique ne tardèrent pas à le mettre en conflit avec les Mullahs et ayatollahs de tous bords, qui le condamnèrent à mort et finirent par fomenter son assassinat.

Si j'ai rappelé ses origines, c'est pour mettre en évidence une vérité, preuve s'il en faut, que tous les hommes de science qui ont contribué à la science dite arabo-musulmane ne sont pas arabes, ni même musulmans. Nombreux de ces savants étaient chrétiens orthodoxes, syriaques, sabéens ou hindous. On se contentera de citer quelques uns, parmi les plus connus et qui sont de tradition culturelle perse, tels Al Khawarizmi, Ibn Sina, Omar Khayyâm, entre autres, etc. L'histoire de cet Émir El Kébir, selon la version arabe, ou son équivalent turc Timur/Tamerlan, dont le vrai nom était Mirza Mohammad Tariq bin Shahrokh, est tout-à-fait singulière, à plus d'un titre ; et je m'explique. Il était connu pour ses travaux en sciences mathématiques relatives à l'astronomie, telles la trigonométrie et la géométrie sphérique. En outre, notre Émir avait des titres de noblesse, puisqu'il était le petit-fils du grand conquérant Mongol Timur ou Tamerlan (1336-1405), (son nom est dérivé de Timur-I-Leng, c.à.d. Timur le boiteux ou manque, un titre de dérision que lui donnaient ses ennemis perses) et fils aîné de Shah Rukh, qui étaient descendants des Mongols Barlas, l?une des tribus originaires de Transoxiane (l'actuel Ouzbékistan). Quant à sa mère Goharshad, elle était une aristocrate perse. On se souvient que Tamerlan ou Timur, comme son grand- père était l'ancêtre de Bâbur (Babur), fondateur de la dynastie Moghole en Inde du Nord.

Ulugh Beg naquit à Sultaniya en Perse. Encore enfant, il dut suivre son grand-père dans ses péripéties à travers le Moyen-Orient et en Inde, lors de ses campagnes de conquêtes, qui virent l'expansion de son empire. Après la mort de ce grand conquérant Mongol et l'accession de son père au trône de l'empire Timuride, il s'installa à Samarkand, qui fut la capitale de Tamerlan. Après que Shah Rukh eût transféré sa capitale à Herat (ville du Nord-ouest de l'actuel Afghanistan que se disputent Talibans et Yankees et leurs alliés), Ulugh Beg, alors âgé de seize ans seulement, devint alors le gouverneur de Samarkand en 1409. En 1411, il devint l'unique souverain de tout le Khanat de Mavarannah.

Déjà sous le règne de Tamerlan, beaucoup de constructions religieuses et de palais virent le jour à Samarkand, car il fit venir de nombreux artisans et de savants des pays conquis, qu'il prit sous sa protection et qui bénéficièrent de son mécénat. Continuant l'oeuvre de son grand-père, Ulugh Beg, encore jeune prince, s'attela à transformer sa ville en un centre intellectuel de tout l'empire. Entre 1417 et 1420, il bâtit une medrasa sise dans le square Régistan à Samarkand, et fit venir plusieurs astronomes et mathématiciens musulmans. Ces derniers bâtirent sur les découvertes en sciences mathématiques et astronomiques faites par les savants grecs et surtout indiens, qui avaient une longue tradition dans ce domaine, pour des conditions religieuses. Il convient de rappeler ici que les chiffres dits arabes ne sont en fait que des chiffres indiens autrement écrits en A.D.N., avant de trouver leur chemin vers la Sicile, autrefois sous domination arabe. Samarkand devint alors un centre de culture et de sciences. Il favorisa les arts et la culture en général et devint lui-même l'un des plus grands astronomes. En effet, il porta un intérêt tout particulier à l'astronomie, et c'est en 1428 qu'il construisit un énorme observatoire, qu'il appela Ghurkhani Zij, semblable à celui de Taqi Uddin à Constantinople, construit plus tard. C'est cet observatoire, ou du moins ce qu'il en reste, situé à deux kilometres au Nord-est du centre de Samarkand, que j'ai eu la chance de visiter, quelques années avant l'implosion de l'empire soviétique.

C'est sous la dynastie Timuride que la langue turque, dans sa version dialectale du Chaghatai, devint elle-même une langue littéraire, employée dans tout le Mawarannahr, bien que les Timurides ne négligeassent nullement le farsi, qui jusqu'alors, fut la seule langue utilisée dans la région. Par analogie, on est en droit de se poser la question, pourquoi nos Amazighen avaient-ils été incapables d'adopter la même attitude envers la langue arabe, en favorisant leurs propres dialectes ou langue amazighe. Qui les a empêchés d'entreprendre cette valorisation Matière de réflexion pour tout Amazigh, jaloux de sa propre culture et identité !

Mais la contribution d'Ulugh Beg la plus significative et la plus révolutionnaire pour l'entendement humain, à mon humble avis, est son attitude courageuse, dont il fit preuve dans le domaine philosophique et intellectuel, lorsqu'il n'hésita pas à affronter les obscurantistes des ulémas. En effet, il subit leur malédiction, dès lors qu'il suggéra l'axiome d'après lequel «les religions et les idéologies sont éphémères parce que fausses, seule la science est éternelle, parce que véridique » ou encore « les femmes naissent égales aux hommes, seule la société leur interdit leurs droits naturels ». Et ne perdons de vue qu'il fut Émir El Kébir, musulman de surcroît ! Il va sans dire que cette attitude lui attira les ires de la caste religieuse obscurantiste qui le condamna au nom de la sacralité de la religion et ce fut son propre fils aîné, du nom d'Abdellatif, qui se chargea d'exécuter la sentence en décapitant son propre père, alors qu'il était en route pour le Hadj. Non seulement ils le tuèrent mais entreprirent à effacer toute trace de son gigantesque oeuvre. C'est ainsi que l'observatoire fut détruit. Et ce n'est qu'en 1941, qu'une mission de l'académie scientifique soviétique entreprit d'ouvrir toutes les tombes du mausolée de Gur-Émir, où reposait sa dépouille, laquelle après expertise médico-légale, confirmait l'information historique sur l'assassinat d'Ulug Beg. C'est bien cela l'islam enfanté par des esprits fondamentalistes et obscurantistes ! On eût dit que les Mullahs et Ayatollahs de nos jours, ne sont que des enfants de c'ur, en comparaison avec leurs prédécesseurs.


Auteur: Mimoun ben Bouziane ben Rabah
Date : 2009-09-10


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