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Interview de Tarik MIRA, député de Béjaïa et membre de la Commission des AE à l’APN, au sujet retentissement de la rencontre de football entre l'Algérie et l'Egypte.

1/Quelles peuvent être les retombées politiques et diplomatiques de la campagne de dénigrement menée contre l’Algérie par les média égyptiens, épaulés en la matière par les autorités publiques de leur pays ?

Tarik MIRA : quand le soufflé retombera, tout rentrera dans l’ordre. Les autorités politiques des deux pays ont des proximités et des options idéologiques ainsi que des mimétismes institutionnels qui ne peuvent que les rapprocher quand bien même il peut y avoir des approches différenciées et des différends politiques sur telle ou telle affaire.
Par contre, il me semble qu’au niveau du peuple algérien, la fameuse « fraternité arabe », basée sur la chimérique « nation arabe », longtemps en vogue, portée non seulement par un discours politique mais aussi par une production culturelle et artistique, est plus qu’écornée.
Y aura-t-il un aggiornamento à partir de ce constat ? Je ne le pense pas.
Les autorités qui nous gouvernent sont prisonnières de leur histoire et restent sourdes à des réalités qui ne correspondent plus à leurs schémas. La place de l’idéologie dans le discours politique et diplomatique demeure assez puissante pour espérer à court terme une évolution de la perception de « la nation arabe ».

2/ Quelles sont les raisons et les ressorts de la guerre médiatique entre l’Algérie et l’Egypte à partir d’une rencontre foot-balistique ?

T.M : Passion mondiale par la grâce de la médiatisation et business générant des profits commerciaux considérables, le football possède un immense pouvoir symbolique aux yeux des peuples. Dans les pays du Sud, c’est un exutoire contre la mal-vie et les problèmes quotidiens. Il fait rêver, d’autant que, par le biais du professionnalisme, ce sport peut aider à faire sortir les gens du peuple de la misère.

Le football soulève des émotions extraordinaires et transmissibles à travers le monde entier. Les pouvoirs publics ne peuvent pas ignorer l’impact de ce phénomène. Dans nos pays où les espaces publics sont plus ou moins sous contrôle politique, la tentation est grande pour faire main basse sur un événement qui donne la qualification au mondial, c'est-à-dire au plus grand show planétaire. Les classes dirigeantes en mal de légitimité instruisent la confusion entre sport, politique et patrie et tentent de tirer des dividendes en termes d’image et de respectabilité. Les tentations de récupération politique se font ouvertement.
Le régime égyptien, à cause de la faiblesse économique du pays et de la proximité spatial et géopolitique de la question palestinienne, avait plus besoin de la victoire de son équipe que le régime algérien, qui, lui, a les moyens matériels et financiers d’acheter la paix sociale.

Par ailleurs, l’Egypte est imbue de sa supposée supériorité historique et culturelle grâce à sa diffusion massive dans l’aire arabophone, cela fait se déchainer un chauvinisme effréné qui révèle des différences d’âme - l’essence de la personnalité - entre deux peuples, finalement dissemblables à bien des égards.
Dans l’ensemble, la presse algérienne n’a fait que répliquer à une campagne commencée et entretenue depuis fort longtemps par les Egyptiens. Le guet-apens tendu à notre équipe nationale dans le bus qui ramenait joueurs et dirigeants de l’aéroport à leur hôtel n’a fait qu’exacerber la tension. Cependant, il faut avoir raison garder car l’on risque de créer, chez nous, des réflexes chauvins qui ne sont pas de bon conseil ni pour construire politiquement des projets, ni pour faire rayonner durablement l’image de l’Algérie dans le concert des nations.

3/ Le fils aîné du président Moubarak a qualifié le peuple algérien de sauvage, de barbare et de terroriste. Comment interprétez-vous cette diatribe ?

Chaussure arabe

T.M : le fils d’un président de la République doit plus que les autres avoir une attitude des plus respectueuses et essayer, dans ce contexte, de faire retomber la température. Il a préféré emboîter le pas à ces propres media qui, par ailleurs, sont sous contrôle, et ainsi créer un climat surréaliste par l’entretien d’une ambiance surchauffée.
En acceptant de jouer le match du Caire au lieu de saisir la Fifa pour la délocalisation de cette rencontre, les autorités algériennes – politiques et non sportives – ont permis, entre autres, au fils Moubarak de tenir ce genre de propos. Quand on ne se donne pas de la prestance à la mesure de soi, on ne se fait pas respecter par les autres.
En écoutant les chaines égyptiennes, la confusion entre Berbères (Imazighènes, origine et être maghrébin et donc algérien) et barbares est sciemment entretenue. En étant Berbère, barbare selon l’entendement égyptien, nous ne pouvons être que des sauvages et des terroristes.
Les media égyptiens, et le fils du président à leur suite, ont fait preuve, en plus de leur morgue et de leur arrogance, d’une ignorance crasse à propos des civilisations. Claude Lévy Strauss, qui est mort il y a un mois, a bouleversé l’histoire de l’anthropologie classique en affirmant qu’il n’ ya pas de supériorité de race ou de civilisation. Il a fait une remarquable démonstration de l’unité du genre humain. Depuis, les nations et les Etats ont avancé dans cette direction. Il semble que des Egyptiens, pas tous heureusement, ne se sont pas mis au diapason de cette réalité objective. Dans cette contrée, les slogans tiennent lieu de vérité.
En insistant sur notre amazighité (notre barbarisme, selon eux), les Egyptiens font preuve, a contrario, de plus de lucidité que nos dirigeants qui, claquemurés dans leurs certitudes et fixations stérilisantes, ont mis hors la loi pendant longtemps la dimension amazigh du point de vue de notre personnalité et de notre histoire, etc. Si l’on a des difficultés à nous assumer pour préférer s’inventer une histoire hypothétique et virtuelle, ceux qui nous dénigrent continueront à frapper là ils croient trouver un complexe. Quant à nous, nous continuerons à chercher tantôt l’ennemi intérieur, tantôt l’ennemi extérieur pour guérir notre mal identitaire.
A leur corps défendant, les Egyptiens nous demandent quelque clarification en la matière. Ils ont raison tout en leur disant que c’est notre affaire intérieure.

4 / Que vous a inspiré et remarqué, lors de cette qualification, au niveau populaire?

Cette « dernière fête païenne », pour reprendre la truculente expression de la journaliste Françoise Giroud, a soulevé un enthousiasme et une joie incommensurables. Jamais le peuple algérien n’a été aussi uni. Nous en avions grandement besoin eu égard aux drames vécus ces dernières années et le blocage des perspectives.
Par ailleurs, le football a recréé la mixité dans l’occupation de la rue. Des groupes de garçons et de filles, liés par ce sentiment souterrain du patriotisme par le football, ont défilé des jours durant ensemble sans que cela ne choque ou ne soulève des interrogations malsaines. C’est un immense progrès. Et j’espère que cet élan ne retombera pas une fois les lampions éteints.

Par ailleurs, la démonstration est faite qu’une jeunesse bien orientée peut faire des miracles. La jeunesse est une richesse. Il faut lui offrir des perspectives. Elle a su, l’espace d’un instant magique et par l’intermédiaire du onze national, insufflé un patriotisme mobilisateur.
Enfin et pour tous ces points positifs, je voudrais remercier l’équipe nationale qui a redonné de la fierté au peuple algérien dans une extraordinaire communion.

NB: L'interview accordée au quotidien " La tribune des lecteurs" le 26.11.09.


Auteur: Tarik Mira
Date : 2009-11-28


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