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A table avec Rachid Raha


Date : 2006-06-01

Que pèse aujourd'hui le courant amazigh au Maroc ?

Ce courant est très atomisé et il est donc difficile d'en évaluer le poids politique. Il y a toutefois un chiffre qui parle de lui-même : au début des années 90, on comptait moins d'une dizaine d'associations culturelles amazighs et, aujourd'hui, elles sont plus de 200. Le courant est particulièrement actif dans les universités au travers du MCA, le mouvement culturel amazigh, qui agit au sein de l'UNEM. Dans certaines facs, ses membres sont plus puissants que les islamistes. Il y a également les militants indépendants dont on ne connaît pas le nombre. Enfin, l'été dernier un parti politique a vu le jour, le parti démocrate amazigh du Maroc.

 

Vous ne citez pas l'IRCAM, l'Institut royal de la culture amazighe…

Je pense que le courant amazigh est en train de se démobiliser à cause de l'IRCAM. Nous débattons à n'en plus finir pour savoir si l'IRCAM a été récupéré par le pouvoir. Schématiquement, on peut dire que ceux qui y sont entrés ont mis leurs revendications en veilleuse et que ceux qui sont restés en dehors réclament la création d'un autre centre amazigh indépendant. Cela fait presque deux ans que nous nous disputons à ce sujet et une partie du mouvement en a délaissé le travail de terrain qui aurait dû nous aider à devenir un mouvement plus populaire.

 

Vous allez même plus loin puisque vous parlez de manipulation du pouvoir politique…

Je pense effectivement que la stratégie du Pouvoir est de nous diviser en nous faisant nous focaliser sur l'IRCAM. Selon mon analyse personnelle, le mouvement amazigh est manipulé par deux tendances au sein du Palais royal qui se disputent la gestion du dossier : le conseiller Belfkih qui le détient actuellement et Fouad Ali el Himma qui veut le récupérer. C'est évident que leur stratégie est de diviser pour mieux régner et je pense que la focalisation des militants sur les dysfonctionnements de l'IRCAM et les démissions collectives s'inscrivent dans ce schéma. J'en déduis qu'au vu de la domestication des islamistes du PJD et de la marginalisation du mouvement du Cheikh Yassine, le pouvoir veut en faire de même avec les Berbères du Maroc. Pour moi, l'objectif d'El Himma est de récupérer l'IRCAM pour en faire un objet de la politique. En ce moment même, il est en train d'aider le Mouvement Populaire à récuperer les revendications légitimes du mouvement amazigh.

 

C'est-à-dire ?

L'union des forces conservatrices de droite est utilisée par El Himma pour contrer tout courant politique émergeant dans les villes : tout d'abord les islamistes, et ensuite, les Amazighs progressistes... Par ce biais, il essaie de nous enlever nos revendications. Lors de son dernier congrès, le MP s'est prononcé pour que la langue amazigh figure dans la Constitution en tant que langue officielle. C'est bien la première fois !

Selon vous, quel est le problème de fond que pose le mouvement amazigh au pouvoir en place ?

Le mouvement amazigh fait peur à l'Etat car il partage les valeurs occidentales : égalité des sexes, décentralisation, laïcité, séparation des pouvoir. L'Etat marocain, lui, obéit à une idéologie arabo-islamiste et a tendance à tout homogénéiser : un Etat fort et unitaire, une seule religion, une seule langue…Enfin, les partis politiques s'inspirent de cette idéologie arabo-islamiste et perçoivent l'amazighité comme séparatiste, comme un diviseur de la nation. On dit de nous que nous sommes racistes, anti-arabes et les fils du colonialisme. Face à ces pouvoirs, le Roi a du mal à faire appliquer ses volontés, même s'il a essayé d'amener le débat sur la question amazigh au travers de l'IRCAM.

 

Mais, en plus de la reconnaissance de la langue amazigh comme langue officielle, de sa présence dans les médias de masse et le caractère obligatoire de son enseignement, vos revendications vont bien plus loin que la simple instauration d'un débat. Eminemment politiques, elles suggèrent une mutation en profondeur de la structure et des fondements du pouvoir…

En plus d'une réforme constitutionnelle séparant les pouvoirs, nous réclamons l'instauration de la laïcité, à savoir la dissociation officielle de l'Etat et de la religion. La monarchie ne doit pas se baser sur une légitimité religieuse ni utiliser la Commanderie des croyants pour avoir le pouvoir absolu sur l'Etat. Nous revendiquons aussi un Etat fortement décentralisé en régions. Notre modèle est le modèle suisse ou allemand. Mais pour débuter, on se contenterait du modèle espagnol ou italien avec des parlements et des gouvernements régionaux. Cela permettrait de désenclaver économiquement les régions pauvres du Maroc. Dans tous les cas, nous sommes contre la répartition régionale actuelle mise en place par Driss Basri car elle ne respecte pas les spécificités régionales et ne répond qu'à des visées électorales.

Vous êtes également très critique à l'égard de l'attitude des partis politiques envers le projet marocain d'autonomie du Sahara occidental. Pourquoi ?

Tous les partis politiques appuient ce projet pour le Sahara mais oublient l'autonomie des régions berbérophones. Or s'ils cèdent pour le Sahara, ils doivent le faire pour toutes les régions du Maroc. Autrement, c'est une attitude discriminatoire. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Hassan II a toujours été contre l'autonomie du Sahara. Il pensait que les Rifains se soulèveraient et n'oubliait pas que du temps d'Abdelkrim El Khattabi il y a eu une République moderne dans le Rif.

Autre point sensible : les relations entre Berbères et islamistes. Comment expliquez-vous que beaucoup de Berbères rejoignent les rangs islamistes ?

Les Berbères souffrent d'un déracinement culturel dès leur plus jeune âge. A l'école, on leur parle en arabe, ils apprennent une histoire qui n'est pas la leur et les traditions berbères sont reléguées au rang de folklore. La télévision, contribue aussi à ce déracinement. Aujourd'hui, les Marocains s'identifient plus aux Palestiniens qu'à eux-même. Une manifestation de solidarité avec la Palestine ou avec l'Irak rassemble plus de gens qu'une manifestation en faveur des victimes du tremblement de terre d'Al-Hoceima. Mais on pourrait tout aussi bien citer l'alphabétisation des femmes au travers de la religion. Tout cela ne correspond pas à la culture de notre pays.

 

Qu'ils se présentent ou non aux législatives de 2007, les principaux courants islamistes du pays se réfèrent eux aussi à l'Histoire du Maroc et à sa culture…

Contrairement aux islamistes, les Amazighs se basent sur la déclaration universelle des droits de l'homme… Soyons lucides. Aujourd'hui, les seuls porteurs d'un projet mobilisateur de société au Maroc sont les mouvements identitaires comme les islamistes et le mouvement amazigh. Pas les partis politiques. A partir de là, nous sommes les seuls capables de contrer les islamistes. Mais personne ne nous aide et on préfère leur ouvrir une voie royale pour accéder au pouvoir.

 

Propos recueillis par Catherine Graciet

Le journal Hebdomadaire n°257, du 27 mai au 2 juin 2006.



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