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Par Lahbib Fouad
L'écriture de
tamazight, restée pendant longtemps otage des linguistes
dans un système de transcription phonétique, devient
aujourd'hui l'affaire de tous ceux qui la pratiquent quotidiennement
et de tous ceux qui produisent et lisent en cette langue.
Pour transcrire tamazight,
les linguistes utilisent un système phonétique qui
consiste à attribuer un signe particulier à chaque
son donné. Cette notation utilisée par les phonéticiens
est basée soit sur l'Alphabet Phonétique International
(API), soit sur un système géco-latin inventé
par les ethnologues européens dans le but de transcrire
les langues autochtones des pays colonisés... Mais, cette
notation n'a jamais été conçue pour un usage
scolaire.
Pour transcrire phonétiquement
tamazight, deux autres graphies s'affrontent sur le terrain politique
et idéologique, il s'agit d'une part de la graphie autochtone
Tifinagh, et d'autre part de la graphie islamo-arabe araméenne.
La langue Tamazight
semble donc devant un embarras du choix de la graphie. Mais, il
n'en est rien ! C'est une illusion ! Car en réalité,
la guerre des graphies a déjà eu lieu, et l'intelligence
humaine a déjà fait son choix.
La question de la graphie
à adopter pour écrire tamazight est strictement
liée à une question capitale qui est celle de savoir
quelle langue nous voulons enseigner à l'école ?
Il est évident que si l'on décide d'enseigner phonétiquement
les dialectes (chose qu'il faut absolument éviter), nous
serons amené a utiliser l'un ou l'autre des systèmes
phonétiques cités plus haut, mais le résultat
reste le même : Un handicape graphique et technologique
majeur lié à l'archaïsme de ces systèmes
de notation, avec une impasse pédagogique et linguistique
liée à la diversité dialectales.
Mais au contraire,
si nous décidons d'enseigner une langue amazighe standardisée
selon une orthographe conforme aux normes de la grammaire universelle
(et je l'espère pour tamazight), nous n'avons alors plus
qu'un seul choix, c'est l'utilisation du système alphanumérique
universel, le seul système capable de servir la langue
tamazight et de l'inscrire parmi les langues écrites du
futur.
En analysant la situation
actuelle de l'écrit en tamazight, on s'aperçoit
facilement que grâce aux moyens de communication modernes
tels les journaux, les livres, internet... etc., une génération
d'auteurs et de lecteurs imazighen s'installe sans jamais avoir
appris l'écriture de cette langue à l'école!
Situation anormale peut être, mais, sachant que la langue
appartient à ceux qui la pratiquent, on comprend décidément
pourquoi tamazight s'est échappée du ghetto des
laboratoires de linguistique.
Dans ce sens, je peux
avancer, sans risque de se tromper, que la littérature
amazighe écrite et publiée pendant la dernière
décennie, dépasse largement l'ensemble de ce qu'elle
a produit pendant toute son histoire malgré qu'elle possède
l'alphabet... le plus vieux du monde !
N'importe quel observateur
objectif saura pourquoi !
En plus du réveil
identitaire, c'est l'explosion des moyens modernes de communication
qui a permis à tamazight écrite de se diffuser et
de se pratiquer en dehors des institutions de l'Etat. Et c'est
la naissance de plusieurs supports indépendants d'édition
et de publication qui, en véhiculant la langue tamazight,
a donné un souffle considérable à sa littérature
et à sa culture au cours des dix dernières années.
Mais, un détail
capital explique cette diffusion de l'écrit en tamazight
et la naissance d'un lectorat amazigh avec un véritable
enthousiasme des auteurs-producteurs, c'est cette facilité
de la lecture, de l'écriture et de la diffusion de tamazight
en utilisant une graphie imposée par les normes des moyens
modernes de communication et de l'impression qui exigent l'usage
du clavier alphanumérique universel. Cette diffusion n'a
jamais été l'ouvre des systèmes de notations
archaïques et inadaptés au matériel standard,
mais bel et bien l'ouvre du clavier alphanumérique. Ce
clavier, (avec l'écran cathodique) reste à la base
de toutes les télécommunications actuelles et de
toutes les technologies du futur.
Le clavier alphanumérique,
basé sur dix chiffres de 0 à 9 et sur vingt six
lettres de A à Z, est le clavier commun le plus connu de
toutes les machines à écrire traditionnelles et
modernes. C'est le clavier que la majorité des langues
fortes de ce monde utilisent. C'est le clavier le plus simple,
le plus compatible et le plus pratique que l'intelligence humaine
à pu créer. C'est un patrimoine universel considérable
que tamazight doit exploiter et en tirer profit. Tout autre clavier
n'est que bricolage éphémère.
Le clavier alphanumérique
permet de faire profiter tamazight de tous les avantages que procure
l'intelligence artificielle des programmes informatiques et leurs
applications dans les domaines de l'éducation, et de l'apprentissage
des langues.
Mais, malgré
l'évidence de l'échec de toute tentative de prétendre
créer un clavier propre à tamazight, et l'impossibilité
d'élaborer une technologie propre aux imazighen, certains
politico-linguistes tentent vainement d'enfermer cette langue
dans un éternel handicape graphique basé sur un
système de notation phonétique ambiguë et hors
du temps. Un système qui étoufferait tamazight dans
une véritable impasse technologique et qui placerait tamazight
hors de toute civilisation...
En utilisant les signes
phonétiques encombrés de diacritique pour écrire
tamazight, il est impossible par exemple d'envisager concevoir
des logiciels ou des applications pratiques tel un correcteur
d'orthographe ou un vérificateur de grammaire... Avec ses
signes phonétiques, tamazight ne pourra même pas
profiter de l'utilité d'un simple agenda électronique,
ou d'un service aussi élémentaire qu'un message
SMS ou d'une page web...
Evidemment, ceux qui
prêchent pour ces signes phonétiques vous diront
qu'il est possible de les " télécharger "
depuis internet ! Mais, ils savent que ce n'est pas vrai ! En
plus, ils font semblant d'ignorer qu'il existe une infinité
d'appareils qui ne sont pas connectés à ce réseau.
En plus, un nombre indéterminé d'autres technologies
sont programmées d'avance par leur fabricant toujours sur
la base alphanumérique universelle... En pratique, seuls
ces caractères alphanumériques sont compatible et
ne sont jamais altérables lors de la transmission, lors
de la compression et lors de la conversion des données...
Quelles sont donc les
conclusions que nous pouvons tirer de cette guerre perdue d'avance
des graphies ?
Premièrement.
La graphie phonétique utilisée par les phonéticiens
pour comparer les dialectes ne peut être pratiquée
en classe car elle ne sort pas du cadre de l'oralité; cette
transcription ne saurait être considérée comme
écriture. Sur le plan pratique, cette transcription basée
sur le principe d'attribuer un signe pour chaque son, exige un
clavier d'au moins 45 signes, chose que la technologie de l'imprimerie
actuelle n'a pas l'intention de réinventer.
Deuxièmement.
La transcription phonétique ne peut jamais standardiser
tamazight car cette notation basée sur le dialectal et
sur les accents régionaux, n'est pas digne d'une langue
respectable comme tamazight. Au contraire, cette notation ne ferra
que renforcer le caractère folklorique et amplifier la
fragmentation de tamazight en une multitude de parlers régionaux.
En plus, en enseignant les dialectes à l'école,
il serait utopique d'espérer une reconnaissance officielle
de tamazight. Car une langue officielle est supposée standard
et partout uniforme. De ce fait, un document officiel est partout
interprété de la même manière, alors
que transcrit phonétiquement, le document risque d'être
interprété autrement selon les parlers...
Troisièmement.
Une langue écrite est une langue dotée d'une orthographe
grammaticale standard. Dans le cas de tamazight, la standardisation
de son écriture selon des règles conformes à
la grammaire universelle exige l'emploi de certaines compositions
de graphèmes qui peuvent exprimer la variation phonétique
dialectale. Exemples : dt (a dtar), ck (ackal)... Une seule graphie
peut répondre à cette exigence, c'est la graphie
latine. D'autre part, toute orthographe rigoureuse est amenée
à utiliser des diphtongues ou doubles voyelles (ae, ou,
ue, oe, ee...) et des voyelles accentuées (ä, ê,
ü, è, ë...) exigées par le respect des
règles orthographiques et grammaticales. Là encore,
seule la graphie latine peut rendre ces services, en plus de la
possibilité de créer des digrammes pour noter des
sons nouveaux (gh, zs, dz, sh...)
On s'aperçoit
donc que tamazight n'a qu'un seul choix, c'est de profiter des
services du clavier alphanumérique universel pour orthographier,
diffuser et enseigner correctement cette langue sans aucun problème
typographique ou technologique.
La transcription phonétique
utilisant des lettes munies de diacritiques continuera quant à
elle à servir les linguistes et les chercheurs en dialectologie,
alors que tifinagh, graphie de prestige et symbole d'identité
doit nécessairement être enseignée comme matière
de calligraphie dans les programmes d'art, d'histoire et de culture.
Mais, la graphie araméenne (dite arabe), c'est sans regret
qu'elle doit être consacrée à la seule transcription
de la langue arabe. Car en trébuchant sur certains mots
amazighs dans ces caractères, on constate qu'on dépasse
la limite de l'écriture pour commencer largement celle
du dessin et des idéogrammes.
En fin, tamazight restera
dépourvue du statut de langue à part entière
et en marge de l'école tant qu'elle continue à être
transcrite par trois graphies phonétiques différentes.
Elle ne cessera de passer pour un dialecte que lorsqu'elle sera
dotée d'un système de notation unique, d'une orthographe
standard et d'un dictionnaire général pratique.
Pour cela, seule une orthographe grammaticale régie par
des règles rigoureuses est capable d'estamper les accents
régionaux et garantir le succès de l'enseignement
d'une langue amazighe unie, forte, structurée et digne
d'une langue d'enseignement.
yeschou@hotmail.com
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