A PROPOS DU LEXIQUE

Hocine CHERADI

 

Les lexiques en usage actuellement comportent des transcriptions de mots où l’article est lié au radical. (exemple, argaz au lieu de a rgaz et tamghart au lieu de ta mghart ). Le résultat de cette pratique est la confection d'un dictionnaire ségrégationniste du point de vue genre. C'est-à-dire que les noms au masculin sont bien séparés des noms au féminin (aucune liste ou page ne comporte aussi bien des mots au masculin que des mots au féminin). Près de la moitié du dictionnaire est représentée par les mots masculins (mots commençant par la lettre - a - ), l'autre moitié est composée uniquement de mots au féminin (mots commençant par la lettre - t -) avec tout juste quelques pages réservées à la presque totalité des graphèmes composant l'alphabet. Alors que deux lettres ( a, et t ) occupent presque toutes les pages.

Il faut admettre qu'une telle procédure ne laisse pas apparaître beaucoup de sérieux, et donne une image bien pâle de la valeur de la langue ta mazight.

Mis à part cela, une question d'une importance capitale se pose. Dans le cas de classement par ordre alphabétique ( et sachant que tout est stocké, classé, répertorié, informatisé par ordre alphabétique ) les usagers auront bien du mal à se retrouver en voyant défiler sur les écrans ( d'ordinateurs ) ou dans les listes de classement, des milliers de mots, tous classés soit dans la lettre - a - ou des milliers, classés à la lettre - t -. Il faut avouer que ce n'est ni pratique ni rentable et encore moins fonctionnel.

" La nature phonique composant chaque racine ne semble pas être un critère... Les schèmes paraissent donc aussi moins fonctionnels que les racines quant aux regroupements lexicaux. Le lexique semble acquérir de plus en plus son autonomie et ne semble pas être régi par une quelconque grammaire lexicale.

La conclusion qui s'impose au niveau méthodologique c'est de faire état de toutes les formes de mots recensés et de les introduire dans le dictionnaire, autrement dit de considérer tamazight comme une langue essentiellement lexicologique "

Cet extrait d'une étude de M. Miloud TAIFI de l'Université

de Fès Maroc, est une réponse scientifique à ceux qui préconisent le classement de ta mazight suivant la racine du mot, méthode autrement caduque et nullement appropriée aux besoins de langue et aux nécessités de la modernité. Ce problème, insurmontable pour ceux qui proposent cette voie (classement à partir de la racine du mot) vient du fait que ta mazight ait été classée dans un groupe de langues qui n'est pas le sien. D'où les difficultés à lui appliquer les règles et les fondements inhérents à ce groupe de langues.

Lorsque les articles seront considérés à leur juste valeur et non pas comme des lettres initiales "variables " et que les mots seront transcrits détachés de ces déterminants (Ex. a fus, i fasen, ta nekra, ti nekriwin) alors, tous les obstacles rencontrés, soit pour confectionner un dictionnaire, soit pour forger une grammaire rationnelle, tomberont tour à tour pour permettre l'application d'une grammaire sensée , pour autoriser un travail lexicologique basé sur la véritable lettre initiale du mot (a fus, ixef, ul, t’uccent, ta dukli etc.) et, de là, la confection d'un dictionnaire fonctionnel.

Un usage conséquent de ta mazight, adapté aux exigences du monde technologique dans lequel nous vivons, en découlera nécessairement.

      Extrait de Hocine CHERADI. Etudes de linguistique ta maziqht. 1992

 
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