Problèmes de ReconstructionEtD’Enseignement du GuancheAux Iles Canaries
Brahim Guarani
( Tarrast ) ( Agadir )
L’Archipel canarien situé
sur la côte africaine au large du sud marocain comprend les
îles de : Grande Canarie , Tenerife , Fuerteventura , Lanzarote
, La palma , la Gomera et El Hierro. Par l’élément essentiel
qui les caractérise , elles sont considérées comme une extention
de la chaîne de l’Atlas prolongeant l’orientation de celle ci
d’est en ouest.
Les îles fortunées surnommées ainsi par les anciens navigateurs
, ont été connues et tenues secrètes par les phéniciens , Du
temps d’Auguste , Juba il y envoya une expédition de reconaissance. L’arrivée des européens en 1402 , avides de richesses , mit
fin à une grand civilisation dite du néolithique. L’Histoire
ancienne des Canaries nous est inconnue , exceptés quelques
témoignages grées et de Maurétanie Tingitane. Toutes les études
et recherches réalisées sur les îles ne sont appuyées que sur
les données actuelles et récentes de l’archipel. Quelques sources
utilisées par cette entreprise concernent en grande partie des
chroniques de la conquête , procès verbaux , lettres de rois
, donation de terres , etc.….D’autres documents ont été établis
peu après la conquête qui conduira les îles vers la destinée
hispanique. Ils sont peu accessibles et éparpillés dans plusieurs
registres d’archives.
Le Guanche
Lesdocuments que nous venons
de signaler ont été très utiles pour l’étude du Guanche et renferment
des témoignages appréciables pour l’examen liguistique de celui
ci. L’appellation , Guanche , a d’ailleurs été donnée par ces
mêmes documents pour désigner le langage ainsi que les habitants
de l’île de Tenerife. Les noms des parles employés dans le
reste de l’archipel ne figuraient guère dans ces textes. En
revanche les noms des habitants de chacune des îles y sont mentionnés.
L’origine du terme Guanche a très tôt préoccupé les auteurs
et chercheurs et a toujours été et continu d’être objet de diverses
études qui suscitent plutôt des réactions polématiques qu’autre
chose. Comme nous l’avons dit plus haut , Guanche est un ethnonyme
par lequel est désigné l’ancien habitant de l’île de Tenerife
et surcroît , le parler de celui ci. Ce sont donc deux références
différentes liées à un seul et même terme. A première vue ,
les chercheurs se sont occupés de déterminer l’origine primitive
du sens contenu dans le terme Guanche sans faire une analyse
globale permettant de savoir s’il se référait à un ethnonyme
ou à une appellation de langue. Il existe plusieurs versions
de ce terme liées par une même racine étymologique : binchni
, bincheni , vicheni , guanchienet , guanchinec , guanches ,
ganches , guanchos , guancho , guanchez , guanche ,celles
ci se referant aux habitants de l’île de Tenerife.
L’analyse linguistique de ce terme consiste à en dégager
deux unités principales : GUAN + CHINET et BEN + CHINI
proposant le sens : GUAN et BEN = homme ; CHINET et
CHINI =démon
, terre , pierre , tribu……
L’apparentement
Deux ou plusieurs
langues sont apparentées lorsqu’elles appartiennent à une même
famille linguistique. La méthode employée est celle de la comparaison
entre les systèmes de langues en question. Si parentée il y'a
, des correspondances attestent alors , une filiation généalogique
ou un apparentement par la continuation et la diversité d’une
langue unique.
Dans
le cas du Guanche , la situation n’est pas très aisée pour remonter
à une origine attestant un apparentement ou une filiation quelconque. Nous avons vu dès le début de cet exposé que le Guanche subsiste
uniquement dans les textes.Il est donc considéré aujourd’hui
comme une langue morte car , tout simplement , la population
actuelle l’ignore et ne l’utilise plus pour communiquer. Les
traces écrites laissées par les anciens canariens ne se limitent
qu’à quelques inscriptions gravées sur des rochers et des poteries. La linguistique remonte péniblement le cours de l’histoire
de ces inscriptions et se heurte par conséquent à des difficultés
d’analyse et d’interprétation. L’existence des inscriptions
apparentées au lybico – berbère prouve que le canarien utilisait
un système d’écriture analogue à celui déjà connu en Afrique
du Nord.
L’apparentement
du Guanche avec le berbère a été supposé par un nombre important
de berbérisants et de guanchisants. La proximité géographique
avec la berbèrie semble être le premier élément d’orientation
vers cette hypothèse. D’autres éléments d’ordre historique
, ethnologique et anthropologique , ont confirmé cette idée. Une source inconnue mais dans laquelle ont puisé des autres
comme Léonardo Torriano , Abreu de Galindo et Alonso de Espinosa
peut être à l’origine de cette thèse. Dominic Wolfel nous rapporte :
« un certain Antoine Delgado , indigène de la Grand Canarie
et conquistador de l’île de Teneriffe , et probablement très
proche parent de Juan Delgado , le dernier grand prêtre indigène
de l’île de la Grande Canarie et un des grands conquistadors
de l’Amérique , fut interrogé par un autre portugais , ami de
l’auteur , sur l’origine des indigènes des canariens. La réponse
fut : mais de la côte de la berbèrie et antérieurement
à l’Islam. Je connais trois des langues des Canaries , ma langue
maternelle de la Grande Canarie , la langue de Teniriffe , et
la langue de la Gomère , et les trois sont parentes. J’ai participé
avec l’adelentado à la conquête de la berbérie et la langue
de ce pays a une ressemblance avec ma langue maternelle.
Structure du Guanche.
Tout le matériel
sur lequel repose la linguistique Guanche aujourd’hui a été
fourni par les sources et les documents déjà signalés. Notre
contribution consiste à y joindre une nouvelle liste de vocabulaire
encore utilisé dans les îles. Le canarien est aujourd’hui conscient
de sa spécificité linguistique qui le distingue du locuteur
natif de la langue de Cervantez. Nous seulement il emploie
des tournures grammaticales particulières mais aussi un lexique
qui porte en lui – même à la fois les lumières de l’histoire
et le deuil des anciens canariens. C’est ce lexique plus celui
qui nous a été déjà transmis que nous proposons d’examiner ici. Il ne prétend pas être exhaustif et non plus constituer un
corpus. C’est la raison pour laquelle il ne sera pas annexé
à ce travail. Nous nous limiterons ici à fournir le résultat
obtenu après étude etanalyse de celui – ci. Pour avoir
une idée général sur certains aspects de la structure morphologique
du Guanche , nous avons préféré ne pas procéder par des comparaison
avec le système berbère dont on suppose l’apparentement. Nous
n’avions donc pas à préjuger et à pré – analyser un système
avant même de le soumettre à l’étude. Cette méthode s’avère
indispensable et préalablement nécessaire avant toute démarche
trop hâtive portant sue l’étude du Guanche , dans lequel malheureusement
on voit trop souvent les autres sauf le Guanche.
Les traductions données par les auteurs nous permettent
d’avoir le sens global des mots sans pour autant les classer
et les regrouper dans des champs sémantiques auxquels ils sont
susceptibles d’appartenir. Par conséquent , il faut être très
prudent. Avant d’entamer toute analyse reposant sur des incertitudes
sémantiques , il est nécessaire de procéder à l’étude du système
morphologique qui nous permettra d’en dégager la structure.
Voici quelques exemples de structures les plus fréquentes.
Structure A
groupe 1 groupe
2
a +………a + ……… n
u +………u
+ ……… n
i +………i + ………n
e + ………e + ………. n
o + ………o + ……… n
Structure B
groupe 1groupe 2
t + ……+ tt + …….+ en
t + …….t +…….+ in
Structure C
at + ……
ar + ……
am + n + ……..
ach + ……….
Structure E
gw + n +…….
b + n + ……..
Structure F
ms + ……
Problèmes de reconstruction
Le resteduGuanche qui a été transmis a été écrit dans une
orthographe qui ne devait pas correspondre à la phonétique de
celui – ci. Très souvent plusieurs mots , écrits en graphies
différents , dans lesquels on reconnaît quand même la racine
, se réfèrent tous à un même et seul concept.
Il
est évident qu’il s’agit là de variantes phonétiques ( k / ch ;
t / ch ; f / t )
Qui n’ont
pas échappé au ( x ) scripteur (s). En revanche , dans d’autres
cas l’altération consiste à faire des ajouts et des éliminations. Comparer toutes les versions correspondantes à chaque mot
est extrêmement nécessaire pour remonter à la racine commune. Nous avons relevé quelques exemples de métaplasme concernant
ces versions.
A ) guanche / guanchient / benchient.
B ) asche / achien / atchien / achen.
Méthodologie
Reconstruire
la totalité du vocabulaire connu en tant que résidu du Guanche
exige , avant tout , de connaître les systèmes phonétique et
graphique des langues transmette uses de l’époque ( XVé siècle
). Ensuit vérifier la traduction des sons des autres langues
avec lesquelles ils étaient en contact
( l’Arabe , les langues indiennes
, etc...). Celles ci nous permettent donc de dégager un mécanisme
de transcription et de le comparer avec celui du Guanche. Les
langues transmetteuses des mots guanche sont nombreuses
( Castillan , Purtugais , Italien
, Normand ? , Français ) , et ont toutes connu des nous
jugeons nécessaire de procéder à une éventuelle reconstruction.
Problèmes D’enseignement
Les résultats obtenus à partir des examens anthropologiques
, ethnologiques et linguistiques montrent le rattachement du
guanche à l’ensemble du peuple berbère connu en Afrique du nord. La thèse de l’extermination des guanche fut contestées dès
1840 dans plusieurs travaux de Sabin Berthelot.
Aujourd’hui
, il est encore frappant de constater l’analogie des caractères
physiques et des pratiques socio culturelles entre certains
canariens et les chleuhs du Haut et de l’Anti – Atlas que nous
connaissons bien puis que nous en faisons partie. En outre
, contrairement à ce qu’on admet le plus souvent , le parler
guanche n’est pas totalement éteint aux Iles Canaries. On y
utilise jusqu’à nos jours , malgré qu’il soit remplacé par le
Castillan , un vocabulaire guanche bien spécifique à la réalité
canarienne. Tant que cette réalité existe , le guanche fera
toujours face au révisionniste pour lui rappeler que son gofio
est millénaire.
Des politiques
canariens réclament à Madrid la création de la Academia Canaria
de la lengua à l’instar de l’Académie Royal Espagnole de manière
à conserver et à développer la spécificité culturelle des Iles. Les rapports rédigés à ce propos ne mentionnent guère la dimension
culturelle guanche et l’avenir de celle ci dans l’institution.
Nous savons que l’Espagnol est très riche en langues
et en parlers et que ces derniers , dont el habla canaria ,
sont des variantes très proches de la langue castillane ;
en l’occurrence , du point de vue de la politique linguistique
, Madrid voit d’un mauvais il la création d’une telle institution.
En revanche , un bachelier canarien comme tout autre
locuteur d’une variante du Castillan ne peut user de toute autre
langue ou parler sinon le Castillan pour exprimer ses sensations
dons un langue plus académique que maternel. C’est là , à notre
avis , que les académies des langues doivent jouer un rôle dans
la politique linguistique en respectant les diversités culturelles
ainsi que les sensibilités psycho linguistiques des citoyens. Et surtout promettre de s’exprimer dans un langage profondément
plus proche de soi même et de sa réalité. Le subsrat linguistique
canarien ne bénéficie jusqu'à jours d’aucune intention particulière
de la part des institutions canariens ; contrairement à
cela l’intérêt porté aux langues et civilisations étrangères
( Arabe , Anglais , Allemand , latin.) ne semble pas troubler
la conscience canarienne vis à vis du Guanche.
Association del’université d’été d’Agadir
Expériences , problématiques et perspectives
Actes de la 5 éme Rencontre ( 26 / 27 / 28 juillet
1996.
Headquarters : Amazigh World (Amadal
Amazigh ), North America, North Africa