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La représentation vocalique dans les parlers berberes du Rif

Dr Mohamed Chtatou

L’une des particularités marquantes des parlers du Rif marocain est sans nul doute le vocalisme qui se distingue de celui des autres parlers berbères par sa complecité apparente, résutat, semble-t- il, de transformations diachroniques. 

En général, les parlers rifains se cactérisent par un système phonologique comportant deux sous- ensembles :

  • le triangle vocalique élémentaire, propre à tous les parlers berbères : i-u-a  

  • et un second triangle marqué par la durée vocalique : e-o-a

Historiquerrent parlant, le deuxième triangle résulte d'une dérivation du premier par le biais d'un phénomène universellement connu, l'allongement compensatoire (compensatory lengthening), qui se manifeste en patticulier dans les parlers anglais du sud de l'Angleterre. Ce phénomène de compensation se produit dans l’environnement d'une séquence consonantique composée d'une voyelle élémehtaire suivie de la liquide (r )  (Vr). La liquide en question s'efface, et sa disparition est compensée par l'augmentation de la durée vocalique de la voyelle qui la précède, ce qui aboutit à une nouvelle gamme vocalique :  

      ir  - io - e

      ar - ao - a

      ur - uo - o  

Toutefois, il faut signaler que cette opération à pour corollaire logique le changement de la nature phonologique de la voyelle concernée.

Les voyelles «compensées ne sont pas seulement sujettes à une augmentation de leur durée, elles changent  aussi d'identité sur l’échelle vocalique («raising-Iowering » des phonologues anglo-saxons).  

Beaucoup diront qu'étant donné l'aspect automatique de cette opération, il n'y a nul besoin de reconnaître l'existence phonémique d'une nouvelles serie vocalique puisqu'elle est dérivable.  Cette argumentation se heurte à première vue à deux problèmes théoriques de  taille :  

1.              1°/ L'hypothèse (explicative) avancée ci-dessus est le résultat d'une reconstruction historique, un exercice qui n'est pas pratiqué par les locuteurs natifs des parlers en question;

2.                2°/ Le phénomène examiné n'est pas toujours illustré par des variantes. Ceci semble contredire en partie l'idée du «système phonologique (pan-) berbère »; chère à certains berbérisants (Basset 1946/1952, Galand 1960, Prasse 1972) qui, selon S. Chaker (1984: 77) :...«permet de ramener la multitude des dialectes à un prototype phonématique unique et d'uniformiser aussi les transcriptions, ce qui facilite les travaux de synthèses dans le domaine de la morphologie et de la syntaxe».

Notre objectif sera de démontrer qu'à la différence des autres parlers, ceux du Rif ont un système vocalique beaucoup plus complexe, sur le plan théorique, dont la notation a besoin d'être revue et corrigée avec plus de rigueur scientifique.

 

Dr Mohamed Chtatou (Communication au colloque des 26-27 avril 1993 à l'INALCO. lnstitut National des langues et civilisations orientales, Paris).

 
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