Tamazighte: une culture et une civilisation
 
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Observatoire de la presse

De la graphie arabe pour Tamazight?

Réponse à Lahouari Addi

Par : Djaafar Messaoudi

Article de Lahouari Addi paru dans le soir d'alegerie (voir plus bas)

Au Maroc, l’alphabet Tifinagh a été adopté pour transcrire la langue Tamazight par un processus de vote du conseil de l’institut royal de la culture Amazigh IRCAM à Rabat. Les graphies en compétition sont le latin, l’araméen (dit arabe) et le Tifinagh. Au 1er tour très du vote le Latin arrive en premier avec un écart important sur Tifinagh qui est arrivée 2eme choix et l’araméen le dernier choix. Avant de commencer le 2em tour du vote le recteur de l’IRCAM –à l’époque c’est Mohamed Chafik- avait fait un long discours qui avait soulevé la réaction d’un des membres du conseil, après son discours le 2eme tour du vote a donné la graphie amazighe. En Algérie aujourd’hui c’est la graphie latine qui est utilisée partout mais l’état cherche à imposer pour tamazight la graphie araméen. Ce que certians explique par la mauvaise fois en vers cette langue en Afrique du Nord. Dans ce débat, ci-joint un article qui était une réponse de Mass Lahouari Addi à un sociologue arabophone algérien qui soutient l'usage de la graphie arabe pour tamazight.

 

Dans votre édition du lundi 16 août 2010, monsieur Lahouari Addi a dit, en parlant de tamazight, que « Son avenir se joue dans sa formalisation en langue écrite avec l’alphabet arabe », se positionnant ainsi à côté des islamo-arabistes [1] qui n’ont jamais cessé d’exercer de la pression afin d’amener l’État algérien à officialiser un système que ni les vrais praticiens de la langue amazighe, ni les linguistes berbérisants n’ont choisi et ce pour des raisons que nous allons exposer ci-dessous.

  1. L’inadaptabilité du système d’écriture arabe à tamazight :

Le système phonologique de la langue amazighe contient des oppositions impossibles à représenter par le système d’écriture arabe. À titre d’exemple, comment représenter avec les caractères arabes ce qui signifie en tamazight « j’ai laissé » / « j’ai guéri », « elle a planté » / « elle a grillé », « tu as rassasié » / « tu as troublé » ? En caractères purement arabes, on écrira respectivement : « اجيغ  » / « اجيغ  », « ثزا  » / « ثزا  », « ثرويض  » / « ثرويض  ». L’on voit bien que les énoncés données en paires sont écrites sans distinction aucune, ce qui provoque de l’ambiguïté. Certains diront qu’on peut modifier les caractères arabes d’une façon à les rendre adaptés au système phonologique amazigh, comme cela s’est déjà fait pour certaines langues indo-européennes comme le kurde, le persan, etc. Sachant que les caractères arabes sont déjà chargés de signes diacritiques, tout ce que l’on y rajoute ne sera qu’une charge de plus qui rendra lesdits caractères très lourds et surtout inesthétiques, voire illisibles sous une forme réduite de l’écriture. Pour ceux qui s’appuient sur l’argument selon lequel les Kurdes, les Perses, les Pakistanais, etc., ont adopté l’alphabet arabe modifié sans problème, la réponse est que les systèmes phonologiques de ces langues sont dépourvus de phonèmes emphatiques et de certaines affriquées qui posent problème dans la tentative d’adapter l’alphabet arabe à tamazight.

Contrairement aux caractères arabes, les caractères gréco-latins sont légers en ce sens qu’ils ne contiennent pas de signes diacritiques, ce qui les rend facilement modifiables et sans créer des lettres lourdes, moches et illisibles et surtout sans risque d’ambigüité. Cela est observable dans des énoncés comme celles données plus haut, regardez: « ǧǧiγ » / « jjiγ », « yeẓẓa » / « yezza », « teṛwiḍ » / « terwiḍ ».

En plus de cela, ne représentant pas les voyelles graphiquement et ne démarquant pas avec précision les limites des mots, le système d’écriture arabe adapté à tamazight engendrerait de nombreux faux homographes et / ou faux homophones que même le contexte ne pourrait parfois éclaircir, à côté de nombreux mots difficilement identifiables. À titre d’exemple, comment écrire sans confusion, en caractères arabes, les mots et la phrase qui signifient en kabyle « écrire / enfanter », « il lui a entièrement troublé le cerveau avec de mauvaises idées » ? Pour les deux premiers mots, vous obtiendrez deux formes similaires donc ambigües; pour la phrase, vous obtiendrez tantôt une succession de fragments de mots mêlés à leurs affixes, en raison de la cursivité très imparfaite de la graphie arabe, et tantôt une agglutination de plusieurs mots, ce qui rend ceux-ci difficilement identifiables dans la chaîne parlée et le lecteur, même le plus averti, ne peut alors qu’être égaré. [2]  

  1. L’ancienneté de la tradition d’écriture en caractères gréco-latins :

L’usage du système d’écriture à base latine remonte à plus de 150 ans. Depuis les premières années de l'invasion française de l'Afrique du Nord, des sociologues et des linguistes venus d'Europe et travaillant sous les ordres des autorités militaires, sillonnaient les territoires berbérophones dans le but de connaître la société et la langue amazighes pour mieux maîtriser les Berbères qui leur montrèrent une farouche résistance. Comme résultat des missions effectuées par ces Européen-là, beaucoup d’ouvrages  (recueils de textes en berbère, manuels de grammaire, dictionnaires bilingues) transcrits en alphabet latin modifié, virent le jour.

Après l'indépendance, des intellectuels kabyles - tous francophones - prirent la relève et se lancèrent dans l'écriture en leur langue en utilisant des caractères latins ou gréco-latins. Et au fur et à mesure de la pratique, le système s’améliorait jusqu’à devenir de nos jours très homogène, du moins parmi les praticiens kabyles. Pour cette raison, et de surplus en raison de l'absence sur le terrain de tout autre système d’écriture concurrent sérieux [3], le système à base gréco-latine s'impose par lui-même. Il va de soi que le choix de tout autre système  signifierait un retour en arrière de plus d’un siècle et demi.

Telles sont donc, monsieur Addi, les raisons pour lesquelles l’avenir de tamazight ne pourra jamais se jouer dans sa formalisation en langue écrite avec l’alphabet arabe. Le choix du système d’écriture gréco-latin ne nous a été dicté ni par la francophilie, ni par l’arabophobie. C’est un choix basé sur la continuité d’une tradition ; c’est un choix basé sur plusieurs études linguistiques et soutenu par la pratique des locuteurs de tamazight. Vous n’avez qu’à faire un tour dans les bibliothèques et les librairies pour re-constater cette réalité que vous voulez à tout prix et malhonnêtement dissimuler aux Algériens pour des considérations idéologiques. Et puis d’autres peuples musulmans, comme la Turquie, la Bosnie et l’Indonésie ne nous ont-ils pas précédé dans l’adoption de ce système universel que vous et vos semblables nous ressortez à chaque fois comme une preuve de notre haine pour tout ce qui est arabe ?

_________________________ 

  1. La position de Addi n’est donc pas différente de celle de certains islamo-arabistes qui, à défaut de ne plus pouvoir empêcher l’émergence de tamazight écrite en Algérie en raison des pressions des mouvements berbéristes, veulent entraver son développement avec un système graphique archaïque et inadaptable. En 1989 déjà, des djaballah et des Chadli ont déclaré hypocritement que « nous ne sommes pas contre tamazight, mais qu’elle soit écrite en arabe », la raison selon eux étant que « nous sommes des berbères arabisés par l’islam » !
  2. Le problème avec la graphie arabe ne se limite pas uniquement à l’écriture cursive, mais s’étend également au script qui est généralement produit avec une machine. Ainsi, les mots et la phrase susmentionnés seront écrits approximativement de la manière suivante : «أرو / أرو  », «  يروياس أك ألاغيس سير ثكثوين ». Or, de tels problèmes ne se posent pas avec la graphie gréco-latine, observez : « aru / arew », « yerwi-as akk allaγ-is s yir tiktiwin ».
  3. L’usage actuel par l’État algérien de graphie arabe sur la chaîne « amazighe » TV-4 n’est fondé sur aucune étude et n’est guidé par aucune norme. Cette graphie ne peut être considérée comme une concurrente de la graphie gréco-latine et l’initiative des autorités algériennes n’est destinée que pour semer la zizanie entre les usagers de tamazight dans l’espoir de retarder encore le développement de celle-ci. 

 

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Article de Lahouari Addi paru dans le soir d'alegerie

Par Lahouari Addi
Un groupe de compatriotes m’a interpelé dans Le Soir d’Algérie du 8 août 2010 sur mes propos sur la langue amazighe tenus lors d’une interview donnée à un journal électronique. Pour permettre au lecteur de saisir ce qui m’est reproché, je reproduis la partie de l’interview.

Question : Quel est ton point de vue sur la langue berbère ?
Réponse : Le problème de la langue berbère ne se pose que dans le cadre de la formation de l’Etat-nation jacobin unitaire et homogénéisant. Dans le Maghreb d’avant la colonisation, la pratique du berbère ne posait aucun problème. Je pense que la langue berbère doit être officialisée et enseignée dans les régions berbérophones. Elle n’est pas en concurrence avec la langue arabe qui est celle de toute la nation. Si la langue berbère disparaît, nous aurons commis un génocide culturel contre nous-mêmes. Ce qui m’est reproché, c’est de ne pas demander que la langue amazighe soit enseignée sur tout le territoire national. Voici le cadre du débat, en espérant ne pas avoir tronqué la position de mes contradicteurs que je voudrais remercier pour l’intérêt qu’ils portent à mes écrits, ce qui ne les a pas empêchés de me mettre un caillou dans le soulier (hajra fi soubat). C’est en effet un gros caillou dans le soulier car le problème n’est pas aisé à traiter compte tenu de la situation historique et culturelle du pays. La question est donc difficile et je vais essayer de la traiter en deux axes pour cerner la problématique de l’amazighité en rapport avec la construction de l’Etat-nation. Le premier axe est celui de la perception des langues vernaculaires par les arabophones en rapport avec la culture — comme vision du monde — et avec l’historicité. Le deuxième est celui du développement de la langue amazighe comme idiome formalisé (syntaxe, grammaire, alphabet…) en rapport avec un contenu qui correspond aux aspirations de la jeunesse à la modernité.

1. Langues vernaculaires, imaginaire et historicité
L’Algérie est une nation de formation récente qui se heurte à des représentations culturelles qui situent l’Algérien soit dans l’universel islamique soit dans le local ethnocentrique. La dynamique nationale issue de la lutte anticoloniale est encore en voie de cristallisation et rencontre des obstacles politiques et culturels. La question linguistique n’est qu’un aspect de la complexité et des contradictions de la situation historique actuelle dont il serait vain d’attendre qu’elle soit dépassée en une génération, étant entendu qu’il s’agit de la transformation de la (ou des) langue(s) vernaculaire( s) en langue(s) véhiculaire(s). Les anthropologues désignent par langue vernaculaire la langue de la communauté locale, celle des espaces lignagers par opposition à la langue véhiculaire de l’espace supra-local de l’empire ou de la nation. La formation de la nation est liée à ce passage où l’imaginaire le dispute à l’historicité. Commençons par poser la question de la situation linguistique du pays ? Il y a au moins quatre langues dans le champ linguistique en Algérie : l’arabe scriptural du Coran, l’arabe moderne issu de la Nahda et adopté par le nationalisme arabe, l’arabe dialectal, et le berbère parlé dans les régions montagneuses (Cf. Khaoula Taleb-Ibrahimi, Les Algériens et leur(s) langue(s). Eléments pour une approche sociolinguistique de la société algérienne, les éditions Al Hikma, Alger, 1997). Un véritable imbroglio linguistique dans lequel K. Taleb-Ibrahimi nous apprend qu’il y a en outre plusieurs niveaux de langue entre l’arabe parlé et l’arabe classique (fusha). Il faut aussi ajouter le français utilisé par les dirigeants et les couches sociales supérieures urbaines. Savons-nous que le tirage de l’ensemble des journaux en langue française est l’un des plus forts des pays francophones ? Pourquoi le français persiste-t-il en Algérie à cette échelle ? C’est qu’il répond à des besoins cognitifs que ni l’arabe classique, ni l’arabe parlé, ni le tamazight ne satisfont. Dans ce tableau, il faut se demander quel est le statut de chacune des langues et surtout comment les locuteurs se les représentent. La première observation à faire, c’est que les Algériens ne valorisent pas et n’ont pas d’estime pour leurs langues vernaculaires. La Kabylie fait exception, mais cette exception est récente. Il est révélateur que la revendication de la réhabilitation de la langue berbère soit née dans le mouvement national, dans le PPA-MTLD secoué en 1949 par ladite crise berbériste. Détestant les archaïsmes de la société identifiés à l’arabité, les militants de ce courant souhaitaient une Algérie moderne et sécularisée. Le populisme, fort en Kabylie comme dans les autres régions du pays, est arrivé à absorber cette crise pour se donner comme seul objectif l’indépendance. Mais ce courant est réapparu dans les années 1960 culminant dans la création de l’Académie berbère à Paris en 1967 animée par Mohamed-Arab Bessaoud dont le discours contre l’arabité était excessif pour ne pas dire plus, donnant une justification supplémentaire aux arabophones de rejeter et de se méfier de la revendication berbériste portée principalement par des francophones. Cependant, l’hostilité des arabophones au tamazight ne s’explique pas seulement par l’extrémisme de l’Académie berbère. Cette hostilité a des racines plus profondes à rechercher dans l’imaginaire de la culture algérienne qui n’a pas intégré le caractère historique du monde social, et qui est enfermée dans une espèce de temporalité qui refoule tout ce qui est antérieur à l’islam. La société algérienne reproduit l’héritage culturel de l’universalité que lui a fourni la civilisation islamique. Par conséquent, les arabophones ne sont pas hostiles à la langue berbère en soi ; ils sont plutôt attachés à un modèle atemporel où le passé n’a pas de place. L’arabe dialectal est aussi victime de cet imaginaire, et est accusé — à tort —d’être le produit de la colonisation. Les langues vernaculaires, arabe dialectal et tamazight sont refusées parce que considérées comme incapables de véhiculer le savoir. Elles sont perçues comme les langues des ignorants, des femmes, des enfants ou de personnes qui n’ont aucune éducation et qui ne savent pas «parler officiellement». Les locuteurs doutent que les langues vernaculaires puissent véhiculer la science et la parole divine du fait même qu’elles ne sont pas écrites. Il y a comme un déni de soi en rapport avec le complexe d’infériorité compensé par la survalorisation de la langue écrite, respectée pour la symbolique qu’elle renferme. La langue vernaculaire est celle de la familiarité et des rapports infra-institutionnels. Mais dès que ces rapports s’éloignent de l’espace domestique, il est fait appel à une langue épurée qui cherche à se rapprocher de la fusha. Quand deux personnes, qui ne se connaissent pas et qui ne parlent que l’arabe dialectal, se rencontrent, elles formalisent leurs échanges langagiers. Il y a une division linguistique singulière dans l’espace social d’une part entre l’officiel et le formel et, d’autre part entre l’usuel et l’informel, ou entre le public et le privé. Dès que quelqu’un prend la parole en public, il utilisera autant que possible des mots de l’arabe classique pour donner plus de crédibilité à son message. Il n’y a qu’à voir à la télévision comment les personnes interrogées par les journalistes cherchent à parler l’arabe classique qu’ils ne maîtrisent pas. La fusha est la langue des activités publiques, comme si le groupe ne se concevait pas en dehors des références qu’elle véhicule. Elle a la charge de véhiculer l’universalité et d’exprimer la réalité enchantée du monde, tandis que la langue vernaculaire a pour vocation d’exprimer la dimension domestique et temporelle de la vie sociale. L’arabe dialectal est désigné par le mot dévalorisant darijaet le berbère était encore appelé il y a quelques années chelha, ce qui est encore plus dévalorisant. Ceux qui prétendent que les Algériens arabophones sont contre la langue berbère parce qu’ils sont anti-kabyles ignorent totalement l’anthropologie linguistique du pays. Il y a lieu de savoir que pendant des siècles, le sentiment religieux et la culture savante ont étouffé l’ethnicité, appelée en arabe chou’oubia. De grandes familles berbères bricolaient leurs arbres généalogiques pour se réclamer d’une ascendance arabe et pour se prévaloir du statut de chorfa et de mrabtine. La Kabylie n’a pas échappé à ce mouvement puisque c’est là où on trouve le plus les noms comme Ramdane, Saïd, ‘Arab… Le prénom Lahouari a plus une consonance berbère que ceux de mes contradicteurs Mhand, Boualem, Tahar, Mouloud et Ali. Il est vrai que cette arabité a été berbérisée comme l’indique le prénom Mhand dérivé de Mohamed. La Kabylie compte beaucoup de lignages maraboutiques qui prétendent avoir des ancêtres arabes établis d’abord à Saguiet el Hamra avant de s’installer au Djurdjura. Cet héritage de plus de dix siècles ne peut être effacé par un trait de plume. Pour clarifier ce dont nous parlons, nous avons besoin de l’éclairage de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie et de la linguistique. Nous rendrons service à la situation linguistique du pays en ayant recours aux sciences sociales pour expliquer les dynamiques et contradictions de la société, ce qui aidera à terme à faire émerger chez nos compatriotes la conscience de l’historicité et surtout pour comprendre qu’une langue est un outil de communication qui exprime l’imaginaire et les aspirations.

2. Langue et aspirations à la modernité
Le deuxième axe est relatif à la langue berbère elle-même, handicapée par le fait qu’elle était principalement orale. Sa capacité à attirer les jeunes générations dépendra de ce qu’elle leur offrira. L’affectif ne suffit pas à faire vivre une langue, fût-elle celle des ancêtres. Et surtout, il ne faut pas oublier que les langues appartiennent à la longue durée, ce que les linguistes appellent la diachronie. Ce qui est frappant chez les acteurs, c’est l’absence de perspective historique, c’est-à-dire l’incapacité de projeter dans le futur les tâches à étaler sur plusieurs générations. Boumediène voulait développer en 20 ans l’Algérie par décret, c’est-à-dire par en haut, et nous savons ce qui arriva à l’économie du pays. Les berbéristes veulent restaurer au niveau national la langue berbère par décision politique. De ce point de vue, il faut rendre hommage à Salem Chaker qui a préféré inscrire sa contribution dans la longue durée accomplissant un travail académique de linguiste. L’histoire et l’anthropologie de la langue berbère sont à faire pour montrer pourquoi cette langue n’a survécu que dans les montagnes et pourquoi les locuteurs ne lui ont jamais donné la dignité des langues écrites savantes. Il faut rappeler que les dynasties berbères d’origines tribales et maraboutiques se réclamaient toujours de l’islam puritain et de l’arabité citadine. Comme si le berbère ne reconnaissait pas à sa langue la capacité de véhiculer et d’exprimer l’universalité. Ceci est une tendance anthropologique lourde dans la société exprimée aujourd’hui par l’hostilité à la langue berbère dès qu’il s’agit de catégories universelles comme religion, Etat, nation… Les Berbères n’ont pas fait comme les Perses qui ont sauvegardé leur langue et qui se sont démarqués sur le plan culturel des Arabes. La modernité a fait bouger les choses et a permis au Maghreb, en Algérie et aussi au Maroc, l’émergence de courants qui se réclament de la berbérité, militant pour le statut officiel de la langue berbère. L’imaginaire atemporel qui sacralise la langue arabe est battu en brèche avec la proposition d’un modèle de nation avec deux langues. Le projet est-il viable ? Idéalement il l’est, mais l’histoire est un processus marqué par la cohérence et souvent l’incohérence des imaginaires et par la conscience des acteurs. Le projet de renaissance de la langue berbère et sa reconnaissance comme langue de la nation ne se réaliseront que si elle n’est pas mise en opposition avec la langue arabe classique qui, qu’on le veuille ou non, a été le véhicule de la culture savante du Maghreb depuis le 7e siècle. La Kabylie, comme d’autres régions, y a apporté sa contribution. Les oulémas au 17e siècle appelaient la Kabylie « la montagne savante », du fait que le savoir scripturaire avait été recueilli par les zaouiate locales après le déclin culturel de Bougie (voir à ce sujet le livre de Houari Touati, Entre Dieu et les hommes : lettrés, saints et sorciers au Maghreb, Maison des Sciences de l’Homme, 1994). Il faut cesser de désigner l’arabité comme bouc émissaire, comme la cause du retard culturel du pays. Dans ce débat, nous passons, me semble-t-il, à côté de l’essentiel : la langue n’est pas une fin en soi ; elle est le véhicule d’une culture et d’une civilisation. L’échec de l’arabisation, qui a d’ailleurs encouragé la revendication berbériste, provient de ce qu’elle est restée prisonnière du turath, du patrimoine culturel médiéval. C’est ce qui explique que soixante ans après les indépendances, il n’y a pas de philosophe, de sociologue, d’anthropologue arabophone ou arabe de dimension internationale, de niveau de Habermas, Bourdieu ou Geertz. La langue berbère connaîtra le même sort si elle reste prisonnière de la culture locale passée et de la poésie. Son avenir se joue dans sa formalisation en langue écrite avec l’alphabet arabe, et dans la traduction de Homère, de Tolstoï, en passant par Les Mille et une Nuits, le Coran et Kant. A quoi servirait la langue berbère si nous ne pouvons pas lire dans cette langue des œuvres universelles et des travaux scientifiques sur la société algérienne ? L’affectivité ne suffit pas pour créer le lien social. C’est ce qu’avait vu Durkheim qui avait opposé la solidarité mécanique fondée sur le lignage, à la solidarité organique fondée sur la division sociale du travail, figure de la modernité. Il en déduit que la solidarité mécanique n’est pas suffisante à elle seule pour assurer la cohésion sociale. Je voudrais faire remarquer à mes collègues qui m’ont interpelé que la problématique durkheimienne des deux solidarités, enseignée dans toutes les facultés de sociologie du monde, a été élaborée à partir des observations ethnographiques faites en Kabylie durant le dernier tiers du 19e siècle (Cf. A. Hanoteaux et A. Letourneux, Mœurs et coutumes en Kabylie, Paris, 1880). L’anthropologue britannique Ernest Gellner (1926-1996) l’a reformulée en lui donnant le nom de segmentarité et l’a appliquée aux Berbères du Haut-Atlas marocain. Le monde académique occidental se représente le Maghreb comme le lieu par excellence de la solidarité mécanique, des rapports lignagers, de l’affectif…, ajoutant par ailleurs que ce n’est pas suffisant pour assurer la cohésion sociale dans une nation moderne. Ce qui est à craindre, c’est que le berbérisme ne reproduise les défauts et les limites idéologiques du nationalisme arabe qui a étouffé l’individu dans une identité essentialisée. La nature humaine est une essence ; la culture est une construction historique faite de continuités et de ruptures. En conclusion, je voudrais faire une remarque d’ordre méthodologique. Comme universitaire, je n’exprime pas une opinion personnelle ou un jugement de valeur. J’essaie de produire des analyses, à confirmer ou à infirmer par l’échange académique, pour cerner les dynamiques sociales et politiques de l’Algérie. Mon opinion sur le principe d’enseigner la langue berbère à Mascara et à Tébessa importe peu. Ce qui importe, c’est de savoir si c’est réalisable aujourd’hui. Je voudrais aussi ajouter que je ne suis ni anti-berbériste, ni berbériste. Je suis anti-anti-berbériste, c’est-à-dire que, dans le respect des valeurs démocratiques, je suis contre les anti-berbéristes. Enfin, je laisse le soin au lecteur du Soir d’Algérie d’estimer si je me suis débarrassé du caillou dans mon soulier et si je suis parvenu à le mettre dans les souliers des compatriotes qui m’ont interpelé et à qui je transmets mes cordiales salutations.
L. A.

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/08/16/article.php?sid=104617&cid=41

 

 


Auteur: Djaafar Messaoudi
Date : 2010-08-23 14:49:00

 

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N°: 1--- Fraternité Amazygh  
Meilleurs veux aux souers et fréres de l\'Algérie Plurielle et Unie .... félicitations pour le premier DIctionnaire Kabylo-kabyle  
Par: Aziz Le : 2010-08-25 15:56:00
 

 
N°: 2--- Mass Hafed BOUAMARA  
Nos valeureux soeurs et frères de l\'Algérie plurielle et Unie viennent d\'avancer d\'un pas imporatnt concerant lanormalisation de la langue Kabyle en tant que variante ou branche de ASEKLU: Arbre Amazygh .........Mass le Dcoteur Hafed BOUAMARA est l\'auteur du premier dictionnaire monolingue kabylo-kabyle ... les cateurs du MCA miliatnts-activistes et Sympathisants seraient san doute enthousiasmer par cette bonne nouvelle ......... concernant Nos cols blancs de IRCAM, la belle promotion sociale empeche ces nouveaux MOKHAZNIS qui s\'engouffrent dans l\'abruissement et démence pour griser leur mémoires et se défaire de l\'insistance d\'humilité d\'esprit .... le fondateur le commssion de sauvetage de la langeu arabe n\'est pas l\'un des véhémants de ce IRCAM ?  
Par: Aderbal ag Mass n\'sen - abrid Ameghras- Le : 2010-08-27 03:56:00
 

 
N°: 3--- la transcription de thamazight.  
Comme l\'a souligné Djaafer Messaoudi plusieurs mots , expressions et phonemes changent completement de sens si on les ecrits en lettres aramiennes. Les lettres arabes d\'aujourd\'hui ne sont pas des lettres arabes elle derivent de l\'aramien comme les lettres latines .exemple le L est resté lze meme en latin et en arabe, le D, le G, le k , le J, le n, le r , le W , le S.En arabe elles sont tournée ou inversees.donc c\'est de l\'aramien tout court.
Je ne vois pas l\'utiltéd\'utiliser les lettres remaniers au lieu des originales.
C\'EST LA MAJUSCULE QUI AVAIT TRAHI LES ARABES, l\'alfphabet aramien aavait eté transformé en alphabet arabe avant la majuscule.
Maintenant en latin j\'ecrits le j en majuscule J MAIS LE DJA qui etait que le j aplati ne peut s\'ecrire en majuscule. de meme pour le G qui est le qa avec deus points en arabe , il est de meme pour les autres lettes. L\'arabe n\'a pas evoluer à la majuscule et en transcription informatique c\'est dans la partie de DESSIN qu\'on ecrit l\'arabe. le mico dessine en tapant les lettres arabe. c\'est un deuxieme retard pour les lettres arabes.
la transcription informatque sera de meme pour le lettres tfinagh.
pas de minuscules et ce serait la partie dessin qui sera utliser pour rediger le tifinagh.

LES LETTRES ARABES ET TIFINAGH n\'avaient évoluées et ne s\'accomodent pas a la modernité informatique.
les japonais pensent trancrire leur langue en lettres latines pour eviter ce probleme.

SI VOUS ECIVEZ SUR MICRO :UNE REACTION CHIMIQUE / CACL2+ H2O en lettre arabes, en tifinagh ou en japonais , l\'equation ne sera pas resolu en donnant 2HCL +CAO.

IL RST DE MEME POUR LES MATHEMATIQUES ET LA PHYSIQUE.

CONCLUSION: On ne peut pas tourner le dos pour le progrés c\'est l\'arabe , le tifinagh , le japonais qui doivent s\'ecrire en lettes latines et ça viendra.
Celui qui insiste sur la transcription arabe n\'est qu\'ignorance du progrés scientifique et mondial.

ALI DERDAR - Boumerdes
 
Par: DER ALLAM Le : 2010-08-28 09:52:00
 

 
N°: 4--- Clin d\'Oeil au Forum Amazigh de Khémisset  
Parmis les créateurs de la dite asso. de défense de la langue arabe au Maroc (!) un des réscapé sorti de IRCAM ; celà montre que la véhémance populiste de \"marché-de-Dupes\" petits bourgeois ne produit pas d\'effet conscient, durable avec empreinte sociale remarquable.. la raison, la modération et le référant patriote sont à meme de consolider l\'avancement du discours Amazigh au sein de la societé, S\'il y\'en a vraiment (?) : l\'élite ne doit pas se défaire de sa responsabilité d\'encadrement du tissu associatif ... Solidarité et hommage au militant Mohamed BITCH et ses collègues du FORUM Amazigh à KHémisset, sise Rabat, pour les menaces et répressions injustifier dont ils sont victimes des responsables des autorités de la capitale des AZEMMOURs .. ce Forum est basé sur une approche gauchiste des années 60, et en coupure avec le populisme erroné soutenu par les notables et le makhzen des calculs éléctoraux connus de tous le monde ... encore une fois, avec la nouvelle tornure de l\'affaire Sahara, SOLUTION UNélatérale, la militarisation contre nos activistes rifains la societé civile au Nord, les rapports de la commison de Genève CERD .. il va falloir que le MCA dépose une nouvelle tactique évoluée pour l\'adhésion des masses dans le sens d\'affranchissement CITOYEN sans \"Daghrinisme trompeur\", sans sirènes Sionistes car les juifs n(apporte rien de concret à la cause .. Que ces Ouzguitti, Assermouh, fidèles aux tapages sur les juifs se consacrent aux iLes Canaraies, en Lybie, les touaregs ... vraiment que nous rapporte les juifs ou les sionistes ou israéliens , André Azoulay avec sa fondation Est-Ouest qu\'a\'t-il donner de symbolique à Timuzgha en ADN.. ayuz au chanteur gnaoui Amazigh Kateb ... merçi.  
Par: Farid Zemmouri Le : 2010-08-31 03:11:00
 

 
N°: 5--- graphie arabe pour tamazight  
nous voulons ecrire notre langue amazigh en arabe innové avec alphabet dhivehi pour les voyelles parce que muslims quand a ceux qui se prétendent pour la science cessez de tombez dans l\'intellectualisme dajjaliste qu\'ont elles les nations muslims ayant ecrit en latin elles sont improductives voit on des autos ect made in indenosia ect arretez la guignolerie sur ce azzul i imazighens  
Par: duran Le : 2011-01-05 22:05:00
 

 
N°: 6--- Apprecaitoin for this information is over 9000-thank you!  
Apprecaitoin for this information is over 9000-thank you!  
Par: Dorie Le : 2012-01-15 07:18:00
 

 
N°: 7--- graphique latin pour tamazight  
nous voulons écrire notre longue en latin, parce que c\'est un caractère très utilisée en monde et c\'est facile a comprends , pour les non amazighophone et a lire aussi, y a certains linguistes autonome arabe en U.S.A ils ont fais appel pour les arabophone de transcrire l\'arabe en latin par ce que le caractère arabe viendra un jour va disparaitre,  
Par: hh Le : 2013-02-09 18:36:00
 

 
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Réponse aux tenants des idéologies étrangères (choix de l'écriture)
C'est grâce à l'Académie Berbère qui a sorti l'alphabet Tifinagh de l'oubli et aux revues Imazighen, Ittij, Afus Deg Wfus, et la revue "Amazigh" de Mas Ouzine Ahardan au Maroc dans les années 70 écrites dans cette graphie que le peuple amazigh a retrouvé sa fierté et son identité. Vous parlez d'une tradition de l'API depuis le XIX siècle, c'est cette transcription qui a confiné notre langue et notre peuple dans la marginalisation culturelle et politique y compris après les indépendances.... Lire la suite
Auteur: Ouramdane KHACER Date : 2011-08-08 20:29:00

 

 
Les eleves en classe de tifinagh à l'école Ibn Badis à Tamanghasset en Algerie
L’Afrique du Nord tarde toujours à reconnaitre la langue amazighe comme langue officielle. Les gouvernements en place tentent de gagner du temps, car la reconnaissance de Tamazighte langue officielle entraine avec elle l’identité Amazighe de toute l’Afrique du Nord.  Quelques classes d’enseignement dans les écoles par ici par là. Reportage en photos d’une classe en Tamashaq au sud d’Algérie à Tamanrasste. ... Lire la suite
Auteur: Moha Bouwawal Date : 2011-03-21 15:13:00

 

 
Cours de l'Amazigh (Timsirin n Tmazight)
Apprendre l'Amazigh... Lire la suite
Auteur: Redaction Date : 2010-07-27 02:58:00

 

 
Apprendre le Tifinagh (IRCAM)
... Lire la suite
Auteur: Redaction Date : 2010-07-27 00:42:00